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 Parle à ma main! (PV Ingrid)

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Sylvan Karov
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MessageSujet: Parle à ma main! (PV Ingrid)   03.01.19 2:48

Le retour avait été quelque peu compliqué. Appuyé sur l’épaule d’Ingrid le mage n’avait pas imaginé terminer la soirée de cette manière, plutôt de façon plus joyeuse en chantant une chanson de son pays sur la route pierreuse qui les ramenais calmement vers la Maegisteria. Il avait nettement refusé d’être emmené à l’infirmerie. La plupart des blessures avaient été soignées par l’enchantement de Marc mais ce qui inquiétait un peu plus était ce bras qui était finalement tombé au combat. Les griffes du démon n’avait pas seulement atteint les renforts d’acier mais toute la mécanique était vrillé. Même la feuille de Mithril qui avait pour mission de laisser la cage thoracique inviolé avait bougé ce qui expliquait les gouttes de sang et de plasma qui s’échappait du vérin mutilé. Sa vie n’était pas en danger mais la douleur était bien là et quand elle posa enfin le mage sur son lit la seule chose possible était de placer un linge en écharpe sur l’épaule désormais nue. Triste soir pour l’ingénierie en vérité. Aucun nain de la prestigieuse école n’avait été capable de replacer le membre d’acier sur son socle et même notre bien aimé maître des potions s’était avouer vaincu, non sans avoir craché un peu de glaire dans l’excavation du prof de sortilège. A défaut de pouvoir ressusciter l’auteur de la prothèse originale il fallait se rendre à l’évidence, Sylvan était manchot.

***

Terminant de fixer le pansement dont il était désormais affublé en permanence à l’aide de sa magie Sylvan s’habilla encore une fois avec peine. La longue veste de draps couleur de nuit qui claquait sur ses mollet était à présent coloré d’une élégante fibule empêchant la manche gauche de voleter au gré du vent. Depuis l’incroyable combat au milieu du village, qui avait fait la une des journaux locaux, il était d’humeur massacrante. Si le mage n’avait jamais été le professeur préféré des internes de la Maegisteria ils faisaient à présent tout pour l’éviter. Seul moment de calme au milieu de cette tempête, les instants où il croisait Ingrid. Le grand jeu du moment était à présent de tout faire pour réunir les deux professeurs afin que Sylvan oublie ce qui se passait autour de lui, y compris les élèves se baladant dans les couloirs ou utilisant un sort au milieu du parc. Un grand championnat départageaient donc ceux qui prenait les plus grands risques et réussissait avec la plus grande dextérité à réunir les deux professeurs afin d’esquiver les foudres de « DER EINARMIGE ».

Comme à son habitude il poussa les portes de la salle des profs et sans dire un seul mot se servit un café avant de sortir dans le parc. Aucun élève n’était encore visible et le seul qui poussa les portes du bâtiment se contenta de repartir d’où il était venu en se disant qu’encourir un tel risque pour la cigarette du matin ne valait pas le coup. Les traits tirés le mage réfléchissait. Buvant une gorgé de café il sortit un cigarette qu’il alluma. Sans son deuxième bras il avait l’impression d’être un poids et cela l’ennuyait au plus haut point. Sans compter que l’impression d’avoir une dague chauffer au rouge qui martelait son flanc n’était pas agréable. Même prendre Ingrid dans ses bras devenait une épreuve et il avait pris de la distance, ne l’embrassant plus aussi souvent qu’avant et l’évitant même parfois. Néanmoins il finissait toujours par tomber sur elle au détour d’un couloir. Au début il n’y avait pas prêté attention mais à présent cela commençait à lui paraître louche.

Le vent froid de l’hiver lui mordit le cou et il réprima un frisson. Serrant un peu plus son col il continua de boire le café resté chaud et soupira. Regardant le souffle bleuté mêlé à la fumée grise il se demanda si la fin n’avait pas le même goût amer que le café. Certes il avait bien essayé d’arranger lui même la chose mais le seul résultat qu’il avait eu était de réussir à polir encore mieux l’écaille de dragon qui servait de miroir à la salle de bain de sa piaule. Même Ingrid devait mal vivre cette situation. Le seul qui semblait totalement intouchable était Marc, encore bloqué dans ses livres à la bibliothèque. Qu’importe, il deviendrait sans doute le vieux mage grincheux qu’il était sensé devenir.

Reprenant sa tasse de café presque vide après avoir calciné le mégot qui tomba en cendre sur la neige blanche il repassa la porte et fut assaillit par la chaleur. Incapable de se délester de son carcan de tissu il subit jusqu’à sa propre salle la tourmente du chauffage et s’infiltra dans son domaine impeccablement rangé. Il n’avait pas de cours aujourd’hui. Veille de la trêve Hivernale les cours étaient suspendus pour diverses joutes devant mettre à l’honneur les meilleurs éléments de l’école. Retirant enfin sa veste il la jeta en travers de sa chaise et palpa un peu son flanc humide. A court d’huile le reste de l’œuvre mécanique se grippait et quelques traces de rouilles tachait d’ocre l’argenté de son épaule. Fallait il en être réduit à demandé à Ingrid de lubrifier les parties mécaniques ? Jamais. Il réajusta le bandage comme il put et se posa devant la fenêtre avant d’allumer une cigarette. Il entendit quelques coups feutrés à la porte et détourna le regard avant de dire d’une voix qu’il aurait voulu plus forte.

« Entrez c’est ouvert ! »

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Ingrid Koothran
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MessageSujet: Re: Parle à ma main! (PV Ingrid)   03.01.19 4:15

La lettre fut repliée, pliée encore, jusqu’à n’être plus qu’un petit carré de papier. Ingrid alluma nerveusement une cigarette en ouvrant l’autre, de la même provenance que la précédente, mais pas du même destinataire.
Un léger soupir de soulagement lui échappa, teinté de lassitude, alors qu’elle passait une main dans ses cheveux.
Udriq était prêt. Ça n’avait pas été évident, et Ingrid avait honnêtement pensé que l’attrait d’un nouveau chef d’œuvre à créer ne suffirait pas à séduire l’ancien maître orfèvre. Elle adorait Udriq, mais c’était un vieux bouc borné. Fallait croire que ce trait-là courrait dans l’ensemble du village. Et pas que…

Maintenant il y avait une autre tête de mule à convaincre.  

***

La guerrière traversa le parc, saluant d’un signe de tête distrait les élèves qui lui disaient bonjour.

Sylvan devait déjà être dans sa classe. Elle avait remarqué son habitude de partir et de rentrer quand il n’y avait plus personne. Elle y compris, parfois.
Il ne la laissait plus approcher, plus beaucoup ; difficile de lui en vouloir, le voir blêmir de douleur à la moindre étreinte faisait mal au cœur.  
Mais elle le voyait également se renfermer peu à peu, s’assombrir à vue d’oeil, et la jeune femme avait l’impression de devoir désamorcer une bombe à chaque fois qu’ils se croisaient. Car elle était la seule avec qui la bombe ne risquait pas d’exploser, et semblait-il d’ailleurs que tout le monde s’en était rendu compte. Tout du moins c’était l’impression qu’elle avait, puisque à chaque fois que Sylvan se trouvait dans les parages, on finissait toujours par venir la chercher pour mille et une raisons.

Ingrid s’arrêta en bas du bâtiment de cours, les élèves sans doute encore au réfectoire. Ses yeux scrutèrent par habitude le premier étage, troisième fenêtre. Puis elle jeta son mégot, un soupir fatigué. Quatre mois plutôt, ils avaient eu l’espoir, tous les deux, de profiter de la vie ensemble avant le grand plongeon vers le Val. Comme une gamine de quinze ans, elle s’en souvenait encore.
Puis si peu de temps après, il y avait eu ce foutu démon. L’ironie était que l’avoir cru mort avait été comme un déclic, le voir à terre, brisé sans qu’elle ne puisse rien y faire. Aujourd’hui il était en vie, et ça lui suffisait. Être à ses côtés après ça lui suffisait. Mais lui faisait lentement marche arrière, rongé par l’amertume. Et un jour elle devrait partir pour le Val, et ce serait seule.

Sauf que là, une solution pointait peut-être enfin son nez. Couplée à une nouvelle qu’Ingrid aurait largement préféré éviter, mais qui lui donnerait au moins l’occasion d’accompagner le mage. Pas question de le lâcher seul auprès d’Udriq ; on ne mettait pas deux dragons dans la même caverne.
Franchissant la porte du bâtiment, ses pas la menèrent sans réfléchir à la classe de son compagnon. Retirant sa veste, le chauffage était plus qu’efficace, elle toqua délicatement à la porte. Les bruits excessifs entre autres avaient la fâcheuse habitude de rendre Sylvan encore plus irritable. Non pas que quelque chose à l’heure actuelle n’avait pas cette habitude…
La poignée pivota sous sa main de métal, et elle pénétra dans la pièce avec un sourire, le taquinant gentiment :

« Déjà dans ta caverne ? »

Sans attendre de réponse, elle referma la porte et s’approcha. Se percher sur le bureau était également devenu une habitude, du moins au début, mais cette fois-ci elle resta debout devant le mage.
Il avait des cernes, le visage tiré et ombrageux. Comment lui dire qu’il n’était pas un fardeau, ni un vieux coucou à jeter aux rebus ? Les mots ne calmaient pas la douleur, et rien de ce qu’elle pouvait encore dire ou faire n’aidait à s’améliorer. Ça évitait juste que ça empire.
Enfin jusque-là. Elle n’était peut-être pas mage ou mécanicienne de génie, mais il était hors de question qu’elle ne tente pas le coup. Vaille que vaille, ce serait un échec de plus, mais connaissant Udriq, elle misait sur la réussite.

« J’ai reçu une lettre que j’attendais depuis un moment, quelqu’un que je connais très bien. »

Attrapant la tasse de café tiède qui trônait sur le bureau, ses lèvres volèrent une gorgée amère. Faudrait en refaire.
Reposant l’objet, elle prit une inspiration avant d’annoncer sans plus de préambule :

« Il s’appelle Udriq, et il peut faire quelque chose pour ton bras. »

Sa main de chair vint taper l’adamantium de son bras droit.
« C’est lui qui a conçu ma prothèse. »

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Sylvan Karov
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MessageSujet: Re: Parle à ma main! (PV Ingrid)   03.01.19 4:57

Calmement, cigarette à la main, le mage se tourna vers la tempête de feu qui venait de s’insinuer dans son domaine de silence. Comme à son habitude il eut un sourire des plus aimable pour elle et comme à son habitude il se perdit dans ses yeux gris. Malheureusement comme d’habitude ses yeux se ternirent, la conviction de n’être que le pâle reflet de ce qu’il avait été pour elle faisait sombrer ses épaules comme une coque éventrée emportée par l’océan. Il leva un sourcil quand elle frappa son propre bras et ne savait que ressentir. De l’admiration pour l’énergie qu’elle déployait afin de le faire sortir de sa tanière ou de la honte au vue de la pitié qu’il devait lui inspirer. Le grand Sylvan Karov était à présent rien de plus qu’un homme brisé. Même d’un point de vue physique il n’était plus aussi imposant qu’avant. La large musculature avait peu à peu fondue faute à un mauvais appétit d’abord et à un manque d’exercice ensuite. Tels les vieilles goélettes du port de Khôm il pourrissait le long de son quai moussue. Il se força a sourire à l’allusion de la caverne comme pour faire comprendre que son humour était intact mais cela ressemblait plus à une grimace qu’autre chose, comme si les traits si habitué à extériorisé une souffrance quotidienne avait pris un pli indéformable. Se détournant à nouveau il jeta son regard sur le parc gelé.

« Tu n’aurais pas du. Je ne doute pas du talent d’Udriq. Ce talent m’a d’ailleurs déjà sauvé la vie il me semble cependant je ne suis pas certain qu’il accepte de me voir. »


Le mage était rempli de sentiments contraires. D’un coté il appréciait qu’Ingrid fasse tout pour le sortir de ce mauvais pas mais d’un autre son orgueil lui disait de ne rien accepté qui la mette en défaut. Dans cet équilibre précaire le mage ne savait vers quel coté pencher. Tout en essayant d’identifier à qui pouvait bien appartenir ces traces de pas dans la neige il faisait de l’ordre dans son esprit. Il y a encore quelques mois son seul désir aurait été de l’étreindre à peine rentrer dans cette salle et à présent rien que le fait de tendre son bras valide lui lacérait le flanc. Est-ce vraiment comme ça qu’il allait finir ? Seul et impotent ? Voulant faire bonne figure il se tourna à nouveau vers Ingrid et s’avança vers elle avant de la dépasser et de jeter sa cigarette dans le cendrier du bureau. Tapotant doucement le mégot dans le réceptacle de cuivre il articulait.

« Et que proposes-tu ? Que j’aille le voir et qu’ils me disent comme les autres que ce corps est bien trop daté pour risquez quoi que ce soit ? »


Il n’y avait aucune colère dans ses mots mais seulement une rancoeur palpable. Il ne voulait en aucun cas être désagréable avec elle mais il avait de plus en plus de difficulté à camoufler ses états d’âmes. Plongeant dans ces yeux tant aimé il essaya de se rappeler une époque plus heureuse ou il l’avait rejoint en bas d’un escalier. Vêtue d’une robe de bal elle n’avait jamais été belle. Aujourd’hui elle semblait aussi fatigué que lui, lasse d’un homme qui éprouvait des sentiments nobles mais dont le vaisseau physique ne pouvait plus transporter autant de chaleur qu’auparavant. Inexorablement leur histoire chavirait en même temps que la sienne. D’une démarche lourde et traînante il se rapprocha de la sirène qui chantait toujours aussi juste mais qu’il refusait d’entendre depuis maintenant des mois. Sa main se posa sur sa taille pour l’amener contre lui. Ni rictus ni sourire ne venait de lui et cette absence d’expression trahissait sans doute une douleur qu’il voulait taire. Il posa son menton contre son crâne alors qu’il la serrait contre lui d’une étreinte plus que raisonnable. Son coeur battait vite, trop vite, mais sa respiration était calme alors qu’il caressait son dos.

« Excuse moi… C’est seulement que j’imaginais ces derniers mois bien différemment. »

Il profitait de cette aura bienveillante qui émanait de sa bien aimée comme d’un feu après une longue marche. Le bandage emporté par la joue glissa légèrement en laissant tacher de rouille la manche inerte autrefois immaculée. Portant sa main droite sur le crâne d’Ingrid il laissa ses doigts glisser dans les flammèches rousse de cette dernière. S’écartant légèrement après un long moment de silence il lui caressa un peu la joue en se forçant lui même à sourire. Il se permit même de se baisser afin de l’embrasser mais il le regretta bien vite tout en faisant tout pour le cacher. Conservant sa main sur sa joue il joua un peu à frotter son pouce contre son visage.

« Tu sais que je ne peux rien te refuser. A quoi penses-tu ? »

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Ingrid Koothran
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MessageSujet: Re: Parle à ma main! (PV Ingrid)   03.01.19 6:34

Les mots de Sylvan étaient anguleux, piquants. Sa voix, cette voix grave qu’elle aimait, avait des accents d’amertume désabusé. Il était découragé, Ingrid le savait, persuadé d’être réduit à l’état de rien, ou pire, d’inutile.
Alors qu’au fond il était toujours l’homme qu’elle avait choisi, le même que quelques mois plus tôt. Lui seul pensait le contraire, idiot à l’orgueil blessé.

Elle non plus, ce n’était pas ce qu’elle avait imaginé. Pour la première fois de sa vie elle avait été prête à s’ouvrir, à entamer une relation, une vraie. Sans s’enfuir au premier coup dur.
Elle avait été prête parce que c’était lui.
Fermant les yeux, la guerrière accepta l’étreinte, malgré la douleur dont elle se savait responsable. Il aurait été bien plus blessé qu’elle recule, et ces contacts s’étaient trop vite raréfiés pour s’en défaire.

« Tu sais que je ne peux rien te refuser. A quoi penses-tu ? »

Un sourire en coin étira ses lèvres, amusée de cette réalité dont elle avait tout à fait conscience, et dont elle abusait pleinement à l’instant même. Ses yeux, limpides, scrutaient les prunelles ternies de son compagnon, déterminés à ramener leur éclat tant qu’elle le pouvait. Peut-être ne pourrait-il pas l’accompagner au Val, et sans doute était-ce mieux ainsi. Mais elle ne laisserait pas un homme brisé derrière elle. Pas cet homme-là.
La jeune femme posa sa main sur la sienne, sa joue toujours réchauffée par sa paume, et répondit calmement.

« Udriq a déjà accepté. Prends ta semaine, à partir du week-end prochain. Si c’est pour ton bras la direction ne fera pas chier. »

Ses doigts appuyèrent une caresse sur le dos de sa main, l’empêchant de fuir, de trouver déjà une excuse pour ne pas y aller.
Elle ne regarda pas la trace de rouille laissée par les bandages, la devinant du coin de l’œil. Son cœur, lui, se serra néanmoins.
Son ton resta égal.

« J’aurai quelques affaires à mener là-bas, mais je t’accompagnerai quand même. »

Des affaires qui s’appelaient calvaire familiale, auxquelles elle était vivement conviée. Pas évitable ce coup-ci, les soixante-cinq ans de son père, ça ne se ratait supposément pas. Ingrid eut un sourire en ajoutant :

« Il a aussi mauvais caractère que toi, mais essaie de ne pas le faire cramer, d’accord ? »

Ils se dévisagèrent un instant, et elle crut revoir, un peu, une lumière familière dans son regard.
Ses deux mains vinrent prendre son visage, alors qu’elle disait, la voix plus basse, cherchant la lueur avant qu’elle ne s’éteigne à nouveau.

« Tu as traversé pire, mage, et pire encore nous attend. »

Ce fut à son tour de se hisser pour atteindre sa bouche, lui épargnant l’inclinaison douloureuse dont elle avait été témoin tant de fois. Malgré l’équilibre précaire de la posture, elle conserva ses lèvres un instant. Bon sang, ça lui manquait, comme à une fichue ado.
Lorsqu’elle se laissa retomber sur ses talons, sa main toujours sur sa joue, Ingrid souffla :

« Cette affaire c’est nous ou c’est rien.»

Peut-être qu’un peu de la solitude qu’elle éprouvait se glissait dans sa voix. Elle la sentait remonter dans sa gorge, doucement. Le mage avait trop pris racine dans sa vie pour qu’elle fasse comme autrefois, qu’elle ignore d’un battement de cœur les émotions trop pesantes. Pas celle-là en tout cas.

« Ne l’oublie pas, Sylvan… »

Car pour les brefs mois qu’ils leur restaient, cette affaire c’était eux avant tout, avant Dimitri, avant le Val. Et Ingrid refusait de le voir renoncer, lui plus que quiconque. La rouille ne se répandrait pas, pas tant qu’elle aurait son mot à dire.

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Sylvan Karov
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MessageSujet: Re: Parle à ma main! (PV Ingrid)   06.01.19 18:20

Le mage ne l’avait pas quitté des yeux. Le simple geste de se redresser pour l’embrasser lui avait fait le plus grand plaisir. Il y comprenait une promesse de rester avec lui et il fallait avouer que l’énergie qu’elle mettait à le sortir de ce mauvais pas était aussi doux que la plus belles des caresses. Lui qui se laissait mourir depuis quelques mois se trouvait tenu à bout de bras par cette femme. Alors que sa main était sur sa joue elle lui réitérait un soutient indéfectible. Peu habitué à cela et tourner vers l’objectif de subir les prochains mois le vieux mage avait du mal à réagir. Si les réponses à ses baisers étaient réelles elles étaient également timides. Rien à voir avec la douleur mais avec une lassitude qui l’empêchait complètement de garder cette attitude semblable au chêne qui était à présent tombé à terre, déraciné par un vent beaucoup trop violent. Elle avait néanmoins raison, cela faisait quelques mois qu’il ne vivait plus seulement pour lui même et il fallait qu’il se raccroche à cette idée. Peut être promettait elle un avenir plus radieux qu’il ne se présentait actuellement. Posant sa main sur la sienne il se fendit d’un sourire bien plus franc que ceux de ces derniers mois.

« Très bien, j’irais voir ton ingénieur. Et je ne le changerai pas en torche même s’il me tape sur les nerfs. Et si ça me permet de rester auprès de toi j’y consens. »


Reprenant ses esprit tout en se détournant il se traîna jusqu’à son bureau, l’air aussi renfrogné que tout à l’heure. Visiblement le sursaut d’orgueil éprouvé il y a quelques instant s’était évanoui même si il en restait une bribe dans les yeux du mage qui tournait à présent le dos à la jeune femme. Il réfléchissait. Le voyage en soit n’était pas un problème ce n’était pas le nombre de mage qui manquait pour réaliser un portail mais plutôt ces affaires à régler dans sa famille. Tirant une cigarette une se l’alluma et se mit assis sur la plaque de noyer. Fronçant les sourcils il jeta son regard vers elle avant de revenir dans le vague.

« Tu sais ce n’est pas ce bras qui m’empêchera de t’accompagner au val. »

Son ton descendant trahissait un manque de confiance en soit ou bien les restes d’un orgueil qui ne voulait pas renoncer contrairement à ses membres. Il aurait voulu se redresser, flamboyant comme à ses premières heures aux cotés de la jeune femme mais le craquement d’une vertèbre qui tirait sur ses côtes lui arracha un rictus léger mais bien présent.

« Je reste toujours le magicien que j’ai été. Je ne suis peut être plus aussi solide qu’avant mais je sais toujours rendre des coups. Et si quelqu’un te voulait du mal même avec un seul bras je lui casserait la tête. »

La colère se voulait bien plus terne qu’auparavant. Il est vrai que la carrure du mage était bien moins impressionnante qu’il y a quelques mois mais cette étincelle dans le regard était au moins revenu. Il n’avait jamais pensé que cette diminution l’aurait privé de cette aventure. Jamais il n’aurait voulu la laisser partir seul. Certes la cause était très fausse mais elle faisait réagir le vieux mage. Il ne voulait pas devenir pour Ingrid plus que pour lui un simple mage trop vieux qui ne peut plus bouger, qui ne peux plus se battre même s’il l’aurait voulu. Faisant quelques pas il se rapprocha à nouveau de la jeune femme et dit d’un ton plus assuré qui rappelait les anciens temps.

« Soit...puisque tu le veux partons sur le champ. Ou demain si tu le souhaites que je vois ton Udriq mais je te préviens d’être dur en affaire. Je ne partirais pas avant d’avoir toutes mes capacités. »

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MessageSujet: Re: Parle à ma main! (PV Ingrid)   07.01.19 0:12

Ça y est, il revenait enfin. Dans les ombres du gris usé tranchait à nouveau la force d’un diamant brut. La noblesse en lambeaux raccrochait à ses traits, le temps de quelques mots, une tapisserie qui lui collait encore comme une seconde peau. Lui qui se croyait épave ne pouvait voir tous les fragments qu’elle retrouvait, enfouis mais pas perdus, de celui qu’il était toujours

Peut-être que s’il avait pu se voir par ses yeux, il n’aurait pas passé quatre mois à prendre la poussière dans cette fichue salle de classe… Mais elle le connaissait trop bien, cet ours renfrogné. Il s’était regardé dans le miroir, puis avait arrêté de se regarder tout court. Son reflet aussi avait dû prendre la poussière.
Pourtant, à le voir là, son port qui se voulait à nouveau fier, sa stature qui cherchait à reprendre de la hauteur, tout n’était pas raté.

« Soit...puisque tu le veux partons sur le champ. Ou demain si tu le souhaites que je vois ton Udriq mais je te préviens d’être dur en affaire. Je ne partirais pas avant d’avoir toutes mes capacités. »

Ingrid eut un sourire et leva un sourcil ironique à la dernière phrase. Udriq avait le tact d’un char d’assaut et Sylvan celui d’un grizzli, ça promettait du spectacle.

« Vous allez vous adorer.»


Elle se moquait, mais à y réfléchir si par malheur elle croisait sa mère en présence du mage, c’est lui qui aurait le droit à un sacré spectacle… Et pas du genre qui arrangeait la guerrière, encore moins sa dignité. Bon sang, il devait bien avoir une goupille pour éviter qu’il tombe sur le clan Koothran.
En pleine effervescence pour les soixante-cinq ans de ton père ? Tu rêves, Roja.

Retenant un soupir à tout ce qu’impliquait le séjour à venir, et auquel elle n’avait pas pris le temps de réfléchir avant de venir ici, Ingrid posa sa main sur le bras du mage.

« D’abord on règle ce qu’il faut ici, et on décolle demain à la première heure. Y a qu’un train, faut pas le louper. »

A défaut d’être une enseignante modèle, la guerrière voulait faire les choses bien, surtout qu’ils étaient sans doute déjà fichés pour leur manie des quatre-cents coups à l’extrême. Ça n’avait rien de volontaire, mais rien de faux non plus. Et autant l’absence de Sylvan serait compréhensible, voir enviable pour le moral général, autant elle-même avait beaucoup moins d’excuses.
Bien que dans les pires des cas, elle en était plus à une magouille près.

Lâchant le bras du mage pour se détourner vers le bureau, Ingrid ajouta :

« Et une fois là-bas… Si tu peux éviter la magie tant que tu peux, ça serait pas mal. Y a jamais eu trop de mages dans le coin, donc les gens sont pas très à l’aise là-dessus. »

Et elle n’avait pas franchement envie de gérer une émeute de pécores, sa mère en tête.
Les doigts d’adamantium cliquetèrent sur la tasse alors qu’elle repiquait une gorgée tiède. Son autre main dans la poche, la posture nonchalante de tous les jours, elle fixa un moment le brun du café qui tourbillonnait lentement.

C’était la meilleure chance de son compagnon, et la jeune femme y croyait dur comme fer, sans vraiment savoir pourquoi. Sa confiance en Udriq ? Pas de doute, il y avait plus de talent chez ce vieux rustaud que dans la confrérie des ingénieurs au grand complet. S’il y avait une personne au monde capable de rafistoler le mage, c’était bien lui, pour peu que Sylvan soit prêt à affronter les tics et manies du pointilleux mécano.

Mais pas que. L’envie de pouvoir faire quelque chose, de ne pas être réduite à l’impuissance. De se dire encore un peu « ça va marcher ». Et ça devait marcher, parce que si même Udriq n’y arrivait pas… Alors véritablement, Ingrid ne saurait plus quoi faire.

Posant la tasse, se fut à son tour de s’appuyer contre le bureau, bras croisés. Elle le dévisageait sans un mot, le cœur toujours surpris par les émotions que cet homme faisait naître. Ces derniers mois n’avaient pas été propices à les laisser s’épanouir pleinement, à l’y habituer. Mais elle n’hésitait plus à reculer, plus maintenant.

Leur idylle était incertaine depuis le début, et pourtant ça aussi elle avait fini par y croire. Au jour le jour, du moins, être ensemble au quotidien en se disant que l’avenir pourrait attendre encore un peu. C’était égoïste, elle le savait.
La vérité c’était qu’elle n’arrivait pas à voir après le Val. Comme si quelque part, c’était déjà la fin du voyage. Penser plus loin que ça, c’était utopique. Rien de tangible à offrir, juste des rêves trop lointains et la prescience d’un mal trop proche. La mort, peut-être. Probablement.

Ingrid fixa encore longtemps le mage, perdue dans un silence qui se teintait doucement de mélancolie.
La semaine qui viendrait, aussi lourde serait-elle, porterait des adieux que ses parents ne comprendraient pas. Et eux… Il leur resterait encore quelques mois, sans doute, avant que le Val ne les engouffre.


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Sylvan Karov
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MessageSujet: Re: Parle à ma main! (PV Ingrid)   07.01.19 20:50

Comme un griffon sur son perchoir la jeune femme restait près du bureau et semblait réfléchir. Comme cette bête fabuleuse elle était aussi mystérieuse que magnifique et son dévouement envers cet oiseau tombé du nid faisait naître en la poitrine de Karov un sentiment qu’il n’avait jamais éprouvé jusqu’à maintenant. De la reconnaissance. Pas qu’il n’en eut jamais l’opportunité mais il avait toujours fuit ce genre de dette. Aussi éternelle que ses cicatrices et aussi brûlante qu’un feu de joie elle ne s’effaçait jamais et se rappelait toujours au bon souvenir du créancier. Mais cette dernière fois il ne luttait plus et laissait tomber à bas un pavois trop tacher d’un sang venu de toutes sortes d’horizons. Si cette idylle n’était pas quelque chose de certain il y avait un lien qui ne pouvait se défaire, un lien qui valait la peine d’y sacrifier son orgueil bien trop présent depuis longtemps. Le mage voulu s’approcher mais se ravisa en la voyant reprendre un peu de café trop amer dans sa tasse ébréchée.

A vrai dire il n’acceptait pas ce marché de dingue pour le plaisir d’utiliser à nouveau un membre qui l’avait quitté il y a bien longtemps. Il le faisait pour ces yeux qui le fixaient à nouveau. Ces prunelles embrumées qui le tourmentaient autant qu’elles le flattaient. Qui le faisait vieillir en le rendant plus jeune. Qui le faisait mourir en le rendant vivant.

Il regardait cette femme, appuyée sur un plaquage de noyer, elle le regardait, lui, diminuer, blessé, meurtris. Ne sachant quoi lui dire ou bien quel geste faire il était bien trop tard pour regarder derrière. Ce misanthrope vaincu par l’amour d’une femme ne savait quoi répondre maintenant au pied du mur. La seule chose à faire était de tendre la main. Et c’est bien ce qu’il fit après s’être rapproché avant qu’elle ne s’échappe. Ce griffon radieux ne demandait qu’à voir ce qui l’attendait au derrière des collines, était fait pour voler et réécrire un ciel qui avait été terne. Sous l’argent de sa main la tasse ébréché en disait bien plus long que n’importe quelle marque. Après le triste récipient revenu à sa place il bougea de la sienne en allant la rejoindre.

Aucun pas claudiquant, aucun rictus de douleur, une démarche usée, passée, datée, vaincue mais remplie d’assurance sous un certain point de vue. Sa main tranquillement se posa sur sa hanche et caressa le flanc du volatile ardent. Se plantant dans ses yeux sans un mot ni reproche. Il se contenta un moment juste de la regarder. Le pourquoi superflus n’était plus de rigueur et ses lèvres se rapprochèrent dans un élan aussi doux que certain. Il ne voulait pas cesser de mourir avec elle et si pour continuer il devait accepter ce marché de folie et bien il le ferait.

Se collant un peu plus contre le corps du professeur il s’embrasait au feu du plumage de la chimère. Passant des doigts maigris dans le feu de ses cheveux il lui dit dans un souffle à peine arracher à ce visage si doux.

« Restons ensemble ce soir ? »

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"Pour un mage rien n'est impossible, la plus grande difficulté est de savoir si l'on est prêt à en payer le prix."

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