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 Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)

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Sylvan Karov
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MessageSujet: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   02.10.18 21:58

La pluie avait commencé à tomber à peu près dix minutes après leur départ. L’avantage était que l’eau effaçait un peu le sang qui n’avait pas encore imbibé le tissu. L’inconvénient était qu’il faisait beaucoup plus froid et que le mage  était trempée jusqu’au os. Les pieds qui s’enfonçait dans l’humus des sous bois se retiraient régulièrement avec un bruit de succion. Après avoir entendu le bruit de cavalcade au loin ils étaient tombé d’accord sur le fait de couper à travers la forêt épaisse. Combien de temps avait il marché ? Même Sylvan n’en savait rien. Prenant appui sur une racine il glissa et se retrouva dans une flaque de boue en poussant un juron. Il avait toujours détesté ce coin là. Reprenant son équilibre il continua son chemin à travers les racines et essaya d’enlever le mélange d’eau, de sueur et de sang qui dégoulinait sur son front.

Le bois perdait en épaisseur et à travers le feuillage qui pliait sous les assauts du vent et de la pluie une douce lueur se laissait voir. Sortant du bois après avoir écarté le fatras de ronce et d’orties le mage soupira d’aise. Des plaies sanguinolentes zébrait l’unité du ciel et une pâle lueur laissait entrevoir l’arrivée du matin tout proche. Dans la brume qui se levait dans le val Sylvan pointa d’un doigt de métal une petite maison aux tuiles rouge. Le crépis des murs se décollait par endroit et un volet pendait lamentablement sur la façade de la maisonnette de plein pied. Le seul indice qui pourrait faire penser qu’elle était habité était un vieux vélo de couleur rouille qui agonisait contre le mur à coté de la porte.

« Bientôt nous serons au sec Ingrid. »

Il jeta un regard vers les pieds bandés de sa belle dont la robe déchirée cachait à peine ses jambes. Les mollets griffés de toute part restaient ferme dans la boue du champ, la veste était imbibé d’eau et Sylvan s’en voulait incroyablement de l’avoir emmené avec lui mais sans elle il serait déjà mort.
Arrivé près de la maison ils se placèrent à l’abri des gouttes sous le toit qui avançait. Sylvan chercha son paquet de cigarette et le jeta rageusement à terre en le voyant imbiber de flotte. Quelle nuit de merde. Longeant le mur et passant un regard par le carreau de la fenêtre et aperçu une antique lampe à huile dont la flamme dansait faiblement. Sylvan ferma les yeux et soupira de soulagement. Elle était toujours là. Il prit les devant et se dirigea vers la porte. Au moment de frapper il s’arrêta, le bras en l’air, et regarda Ingrid comme sur le point de vouloir dire quelque chose quand la porte s’ouvrit en grand. Se retrouvant comme un idiot il mit quelques secondes avant de rabaisser le bras. Il voulut ouvrir la bouche mais la personne qui se tenait dans l’ombre le prit de cours et avança dans la lumière du matin.
C’était une très belle femme, ou elle avait du l’être. D’une taille comparable à Ingrid et âgée d’environ quarante ans elle avant de longs cheveux blonds qui viraient par endroit au blanc. Des yeux bleus fixèrent le mage avec méfiance avant de se poser sur la rousse derrière lui. Elle lui fit un beau sourire franc avant de revenir sur Sylvan. Les traits encore ensommeillés avaient une certaine noblesse que les rides naissantes n’altéraient pas. Sans un mot elle leur fit signe d’entrée et Sylvan avança la tête basse sous le linteau suivit de la rousse.
Elle donna rapidement à la jeune femme une couverture, une serviette et une robe de laine tout en ponctuant son geste d’un sourire mais laissa le mage piteusement au milieu de la pièce alors qu’il mettait de l’eau sur le carrelage. Elle fit un geste gracieux de la main droite et un feu ronfla comme par magie dans la haute cheminée en pierre de taille. Sylvan voulu en placer une mais elle posa son index sur ses lèvres et servit deux tasses de café. L’une d’entre elle s’éveilla et vola jusqu’à une petite plaquette à coté d’Ingrid. S’asseyant sur une chaise elle s’emmitoufla dans un plaid à carreaux et détailla le mage. La chemise ensanglanté et les pantalons déchirés lui firent pousser une grimace et elle daigna enfin ouvrir la bouche.

« Vous êtes en sécurité ici. Les amies de Sylvan sont également les miens donc n’ayez aucune peur. Je suppose que vous devez avoir faim ? Je vous préparerais un petit quelque chose tout à l’heure. »

Sylvan soupira et se rapprocha du feu et tendit son bras droit. Avec un sourire non dissimulé il vit que les flammes viraient au bleu et une fois certain qu’il pouvait à nouveau utiliser la magie il trouva enfin la force d’ouvrir la bouche.

« Ingrid voici Hildi ... »

« Je sais encore me présenter moi même Sylvan ! »

Soufflé comme une bougie qu’on éteint le mage se réfugia dans le silence et se contenta de regarder les flammes. Le ton se radoucis alors qu’elle se levait à nouveau et invita Ingrid à se rapprocher du feu après avoir longuement observer le bras en adamantium.

« Mon nom est Hildegarde. Je suis une vieille amie de Sylvan même si cela fait 20 ans qu’on ne s’est pas vue. Mais nous aurons le temps de discuter plus tard. La salle de bain est derrière cette porte, prenez tout votre temps, ce vieux sanglier aime sentir le bouc de toute façon. »

Elle fit un clin d’oeil malicieux à Ingrid avant de lui montrer la porte du couloir. Hildegarde rejoignit Sylvan devant l’âtre et resta un long moment dans son regard, elle n’était pas méfiante, seulement très triste.

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Ingrid Koothran
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MessageSujet: Re: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   03.10.18 2:11

Hildegarde. Ingrid contempla la femme emmitouflée dans son plaid, dont les tours de passe-passe révélait son talent de mage. Elle était belle, les traits empreints d'une grâce étonnante.
Sa bonté n'avait pas l'air fausse, autant que puisse en juger la guerrière. Elle avait le mérite en tout cas d'être... Franche.

Devant la cheminée, Sylvan dégoulinait encore. Pas de serviette ni de couverture pour lui, le « vieux sanglier » s'était fait royalement ignoré. Amie, en effet... C'était toujours plus ça qu'un Pavel le sabre au clair.
Mais ça ne restait pas vraiment des retrouvailles.

Bien qu'elle aurait aimé profiter un peu plus de la chaleur du feu, Ingrid eut la sensation que son absence même brève était nécessaire. Bon par contre la robe, ça n'allait pas être possible.

« Désolée de vous embêter, mais vous auriez pas autre chose qu'une robe ? C'est pas vraiment adapté à ma carrure... »

Elles faisaient peut-être une taille semblable, mais Ingrid avait le corps développé d'une guerrière entraînée, pas la finesse gracieuse de leur hôte. Et après une nuit à valdinguer en jupe fendue et talons hauts, le confort de vêtements familiers lui manquait.
Avec gentillesse, Hildegarde alla lui dégoter autre chose. Pas mal de couleurs, mais c'était mieux que de se balader encore en jupette.

Se levant pour sortir, Ingrid les observa du coin de l’œil. La tristesse qu'elle vit chez cette femme et la réserve de Sylvan formaient une bulle dans laquelle personne d'autre n'avait sa place.

***

Les gouttes du bain tapissèrent le sol quand Ingrid en sortit. Le froid la vivifia un peu, lui redonnant un coup de fouet. Malgré leurs péripéties elle se sentait toujours alerte, sur le vif. Cet endroit, peut-être. Son corps l'était un peu moins, délassé par le bain. Le sang n'était plus, ne laissant que les sillons rouges de ses multiples coupures.
Attrapant la serviette elle s'essuya les cheveux pendant un temps, en proie aux mêmes réflexions qui l'avaient accompagnée dans l'eau.

Vingt ans. Vingt ans que les choses avaient dégénérées avec Pavel, qu'Eda n'était plus là, et vingt ans qu'Hildegarde n'avait pas vu Sylvan. La liaison n'était pas dure à faire quant à l'époque qui reliait les deux mages.
Mais qui était-elle ?

La jeune femme soupira. Elle ne se sentait pas mal à l'aise, pas vraiment. C'était plus insidieux.
La sensation que cette nuit devenait le volte-face des vingt années auquel le mage avait tourné le dos. Et elle s'y tenait comme une intruse.

La laine douce passa sur ses bras, puis sur son buste.

Le passé de Sylvan, elle n'avait pas spécialement cherché à le connaître. Un jour il aurait fini par lui raconter, en temps et en heure. Sans doute. Puis tout s'était précipité.
Elle repensa aux baisers échangés, et un léger sourire passa sur ses lèvres. Pas tout en mal, c'était vrai, pas pour elle en tout cas.
Pour lui non plus, elle l'espérait.

Ses doigts attrapèrent les vêtements qu'Hildegarde avait échangé. Un sarouel au coton fin et doux, souple au mouvement, dont les motifs simples rappelaient des flammes d'ocre pâle et de vert. Son débardeur aux tons crème était également confortable, bien que le haut du dos qui s'entrelaçait élégamment sur la peau nue dévoilait des cicatrices peu appréciables. Heureusement, elle put enfiler un gilet en laine, aux long pans tombant jusqu'à mi-cuisses avec légèreté. Retroussant les manches jusqu'au coude, elle devait reconnaître que ça devait être plutôt sympa à porter dans la vie de tous les jours. Un dernier bout de tissu patientait sur la chaise. Haussant un sourcil, Ingrid le prit délicatement entre ses doigts. Un foulard tout simple, d'un tissu soyeux. Peut-être leur hôtesse avait peur qu'elle prenne froid ?
Très joli, mais ça n'irait pas autour de son cou. Elle n'aimait pas avoir quelque chose autour de sa gorge, vieille habitude des bas-fonds. Mais bon, quitte à faire... Nouant le foulard à ses hanches, elle s'estima fin prête à retourner près de Sylvan et de leur hôte, à la place qu'elle y trouverait.

La porte s'ouvrit sur une scène identique à celle qu'elle avait laissé. Sylvan debout devant le linteau de la cheminée, toujours trempé, sa silhouette imposante face à la fine Hildegarde, dont les longs cheveux cendrés se teintaient au goût des flammes. La seule nuance du tableau était les volutes des cigarettes qui s'élevaient.

Elle s'arrêta un instant dans l'encadrement de la porte, à l'ombre de leur mélancolie. Ses yeux contemplèrent ce profil qu'elle connaissait par cœur, les expressions troubles qu'elle avait déjà vu plusieurs fois, et cet air sombre et battu caractéristique du bon moment pour intervenir.

Ses pieds nus sur le carrelage ne faisaient pas de bruit, mais son mouvement attira l’œil de Sylvan alors qu'elle s'approchait d'eux en souriant. Elle croisa son regard, pour le plaisir, puis remercia Hilde de sa gentillesse. Celle-ci s'était écartée de la cheminée, et retourna s'asseoir dans son fauteuil.
Malgré les sièges vides où elle aurait pu s'asseoir, Ingrid alla s'accroupir devant la cheminée, tendant un peu son bras pour sentir les flammes. Elle s'y perdit un temps, ses cheveux humides tombant en rideau près de la chaleur alors que l'or brillait dans le gris de ses prunelles.

Et maintenant quoi ?

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Sylvan Karov
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MessageSujet: Re: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   03.10.18 22:19

Les flammes dansaient calmement dans l’âtre contre lequel Sylvan était accoudé. Une filet de vapeur s’échappait de son dos à mesure que ses vêtement séchait sous l’aura du feu qui ronronnait comme un chat. Il n’était pas surpris par l’attitude d’Hildegarde, lui n’aurait même pas ouvert la porte. Le point positif était la prévenance avec laquelle elle s’occupa d’Ingrid, c’était une femme intelligente il n’y avait pas besoin de lui faire un dessin. A l’évocation du « vieux sanglier » il se contenta de grogner dans son coin et fixa le bûche qui se calcinait. Alors que la rousse se détournait pour se rendre dans la salle d’eau il fixa la blonde qui avait l’air de le transpercer avec des yeux bleus, ses yeux. Elle rompit le contact et s’assit à coté de lui, dos au feu, en le regardant en contre plongée. Elle lui proposa une cigarette et en alluma une également.

« Moi aussi j’aurais succomber à son charme si j’avais été à ta place Sylvan. Arrête un peu de t’en vouloir ça fait plus de vingt ans. »

La remarque avait été comme un coup de massue et il mit une bonne seconde avant de récupérer la cigarette qu’elle tendait. Son regard de surprise se teinta de tristesse alors qu’il se plongeait dans le bleu océan. Le temps avait passé mais ces yeux était resté les même et il se contenta de grogner en se tournant à nouveau vers le feu qui se teintait de flammes vertes. Hildegarde fit un bruit de bouche agacé en tirant sur sa cigarette. Elle hésita un long moment et après avoir jeté son mégot dans le feu elle continua en haussant le ton cette fois-ci.

« Tu n’es pas possible toi ! Tu reviens après 22 ans et tu fais encore une fois ta tête de cochon. Et moi, et bien moi je t’ouvre ma porte comme si de rien n’étais. Comme si il ne s’était rien passé depuis. Mais tu m’écoutes au moins espèces de vieil ours mal léché ? »

A vrai dire il écoutait attentivement. Regardant les flammes qui avait considérablement noircies et grandies sous ces paroles. Il décortiquait chaque mot et chaque intonation, chaque vibration de sa voix. Laissant échapper un soupir il fut cependant des plus surpris quand une main lui fit tourner la tête avant que l’autre ne lui assène une baffe, le faisant revenir ainsi à la réalité. Vu de l’extérieur on aurait vraiment dit un vieux couple qui s’engueulait. Encore sous le choc de sa baffe il sentit à peine les deux bras qui passèrent autour de lui et la tête qui vint se poser contre son torse. Sans un mot, un peu penaud il posa sa paluche caleuse contre son omoplate et la passa contre le dos d’Hildegarde avant de murmurer d’une voix grave.

« A sa mort tu m’as dit de ne plus jamais revenir au risque de me faire écorcher vif...C’est le genre de chose qui jette un froid Hildi. Que pouvais-je faire ? »

Sentant une pression un peu plus forte dans son dos il entendit une faible voix lui ordonner de se taire suivit d’un fameux « t’es qu’un con Sylvan ». Soupirant le mage se contenta alors de la serrer un peu plus fort en profitant du feu.

***

Quand Ingrid réapparut dans une tenue coloré qui lui allait aussi que si cela avait la sienne les deux protagonistes avait récupéré leur place respective. Le mage n’avait pas bouger, le bras de métal contre la cheminée il regardait les flammes même si il ne pu s’empêcher de regarder le dos d’Ingrid. Hildegarde s’était changé, elle avait passé une longue robe de lin grise avec un gilet de laine. S’affairant en cuisine elle avait laissé un peu de distance à Sylvan dont la joue gauche portait encore les stigmates d’une baffes trop récentes. Elle n’y avait pas été de main morte. Se raclant la gorge en prenant une cigarette dans le paquet qui était sur le rebord en bois de la cheminée il se mit finalement à parler.

« Hildi m’a proposé de prendre le repas avec elle, ce que j’ai accepté. Elle veut te voir, à ce qu’elle m’a dit. Elle s’applique à réaliser le portail magique pour rentrer. »

Il n’avait jamais même pas quitter le feu des yeux. Il était pensif. Le nuage de vapeur s’était nettement amoindris et il était pratiquement sec. Sa chemise était irrécupérables, ses chaussures étaient foutues et son pantalon était maculé de boue. Après avoir jeté son mégot il se tourna et s’assit à coté d’Ingrid. Il jeta un coup d’oeil vers la porte vitrée de la cuisine ou il ne vit pas âme qui vive et entraîna le visage d’Ingrid en direction du sien avant de déposer un doux baiser sur ses lèvres. Un raclement de gorge le fit se détacher assez vite et pendant un instant il se serait cru revenu dans le temps. Il tourna le regard et observa la maîtresse de maison, les poings sur les hanches qui les regardait de sa hauteur.

« Même après vingt ans et deux membres de métal tu es resté un garçon, s’en est presque affligeant. Elle leur fit signe de se lever. Venez j’ai retrouvé quelques trucs intéressants. »

Elle fit le même regard malicieux à Ingrid que la dernière fois accompagné cette fois d’un sourire. 

« Ca te dit de voir ce beau et fringant jeune homme alors qu’il était encore innocent ? »

Sans attendre la moindre réponse elle s’appuya à la table. Sylvan se posa à sa droite et plissa les yeux pour regarder la première photo qui était encadrée. La photo était remarquablement conservé et le manque de poussière sur la vitre laissait penser qu’elle n’était pas aussi perdue que cela. Placé devant un mur de pierre de taille de couleur or quatre personnages regardait l’objectif tout sourire aux lèvres. Le plus grand à droite tenait par la taille une splendide jeune femme au cheveux blonds interminables, les yeux bleus de l’une semblaient vibrer autant que les gris de l’un. Impeccablement rasé, portant la même queue de cheval et son éternel manteau de cuir Sylvan était fier comme Artaban. Dans une position précaire les deux êtres semblaient s’empêcher de tomber l’un et l’autre. A la droite du couple se trouvait un jeune militaire à la mine orgueilleuse, aucun doute il s’agissait de Pavel. Un pas à sa droite, dans une robe longue bleu nuit Hildegarde fixait l’objectif en arborant un sourire franc. Droite comme un I elle ne semblait pas avoir changé plus que cela. Contrairement à tout ceux présent elle était la seule à être désarmé. Au coté de tous pendait le sabre doré. Celui de la compagne de Sylvan se devinant par le bout du fourreau recourbé. Quatre personnes et seulement trois visages différents, une belle petite troupe qui s’immortalisait devant un antique appareil. Sylvan ne put s’empêcher de sourire. Hildegarde posa sa main fine sur l’épaule de métal d’Ingrid et s’éclipsa sans avoir oublié de glisser quelques mots à son invitée.

« Je vous laisse, vous devez avoir pas mal de question à lui poser. Ménagez le c’est un garçon sensible. »

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Ingrid Koothran
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MessageSujet: Re: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   04.10.18 18:20

Elle avait aimé ce baiser volé au coin du feu, s'était amusée de voir son compagnon pris en flagrant délit comme un enfant qui avait volé un bonbon. Puis la confiance qui avait commencé à naître s'était évanouie devant la trouvaille d'Hildegarde.
Quatre personnes, trois qu'elle connaissait. Et la quatrième était une évidence.

« Donc voici Eda. »

C'était un constat. Qui d'autre aurait pu être la charmante créature qu'il tenait si précieusement, si ce n'était celle qu'il appelait encore dans son sommeil ? Ingrid ne put que détailler ce visage encore inconnu, ce fantôme qui n'avait jusque-là été qu'un nom échappé au cœur du mage.
Hildegarde lui ressemblait beaucoup, miroir presque fidèle de ce qu'aurait été sa sœur aujourd'hui.

Son attention passa sur ce jeune Sylvan, heureux à en crever la photo. Cheveux tirés en arrière, rasé de frais, il semblait terriblement fier. Le héros qui n'était pas encore tombé.
Ils avaient tous un sabre à l'exception d'Hilde, comme une marque d'appartenance dont elle n'avait pas besoin.

Ils étaient jeunes, beaux, d'un passé qui ne lui appartenait pas.

Puis elle regarda Sylvan. Le sien. Celui aux traits creusés par la vie, aux fines rides qui sillonnaient ses yeux, au pli marqué du front, à la barbe qui piquetait ses joues, aux mèches sels qui parsemaient ses cheveux...
Ses doigts dessinèrent le contour de son visage, touchant la réalité qui lui manquait à cet instant, et elle dit avec un sourire :

« Tu es toujours beau... »

Et cette photo l’obnubilait bien trop. Sous ce toit à l'antique mémoire, elle se sentait sapée par la bulle temporelle qui régissait de la moindre ombre à la moindre lumière de cette maison. Malgré toute la sympathie d'Hildegarde et l'affection de Sylvan, entre ces murs elle était une étrangère.
Et pour la première fois de sa vie, ça la dérangeait.

Les beaux yeux bleu d'Eda n'aidaient pas vraiment.

Se détournant vers la cheminée, la guerrière alla chercher un cigarette, qu'elle alluma à même le foyer. La chaleur lui lécha quelques secondes le visage d'un réconfort trompeur.
Puis elle se redressa comme si de rien n'était, et se dirigea vers la porte d'entrée après avoir lancé un sourire au mage.

« J'ai un peu chaud, je vais faire un tour. »

Ce n'était pourtant pas la chaleur qui l'étouffait, plus le tiraillement entre un sentiment de fuite et le besoin pressant de liberté.

***


La pluie avait cessée, bien que les feuilles alourdies prolongeaient encore leur petite averse. L'herbe froide sous ses pieds nus piquaient ses plaies sans qu'elle ne s'en soucie vraiment. A peine quelques pas dehors et elle était déjà trempée jusqu'aux chevilles.

Ingrid tira sur sa clope tout en s’éloignant un peu du crépi des murs, loin des carreaux des fenêtres.
Elle s'enivrait de l'air frais, de l'aube qui naissait timidement dans la grisaille, de la moindre effluve qui la raccrochait à son propre monde. Des natures sauvages, des forêts aux grands pins, elle en avait vu beaucoup, traversé autant.
C'était une solitude familière qui l'apaisait. Ça faisait même un peu bizarre de ne pas entendre Soyo trotter dans les fourrés.

Ses pas s’enfoncèrent sous la lisière des arbres et elle se retourna à demi pour regarder la maison. De là elle semblait tomber en morceaux, les murs abîmés rongés de lierre, le vieux vélo cassant de rouille, les volets écaillés aux gonds branlants...
La fumée de la cigarette voila un instant ses yeux, et son dos s'appuya contre un arbre alors qu'elle se détournait du bâtiment.
Ses paupières se fermèrent, longtemps. Le tabac imprégnait sa gorge, l'humidité du tronc mouillait la laine sans scrupules. La tête relevée vers des branchages qu'elle ne regardait pas, la jeune femme essayait de reprendre la main sur le malaise qui bouffait son usuelle sérénité.

Elle rouvrit les yeux vers la forêt, se perdant dans la verdure sombre. Sa voix s'éleva, basse, alors que sans réfléchir elle se mettait à fredonner. C'était une vieille chanson que sa mère adorait, et secrètement qu'elle aimait aussi. Le son rauque et éraillé qui s'échappait de sa gorge, elle l'aimait moins. Malgré tout ce que Mama pouvait dire, si fière de cette sonorité traditionnelle, Ingrid avait juste l'impression d'entendre une pierre rouler sur du gravier.

Les paroles moururent en chemin dans un profond soupir. Sa main passa un instant sur ses yeux, laissant tomber les cendres du mégot, avant de le ramener à ses lèvres.
La guerrière se laissa glisser contre l'écorce, accroupie, et regarda le sol les feuilles mortes imbibées par la pluie, tâchées par la terre humide.

Une gamine qui fuguait, voilà comment elle agissait. Comme à chaque fois qu'elle quittait ses parents, parfois sans un au-revoir, fuyant la sensation d'être retenue à un endroit qu'elle n'avait pas choisi. Sauf qu'ici elle ne pouvait pas repartir, pas sans lui.
Son ego avait un peu de mal à se faire à l'idée d'avoir désormais une attache. Un ancrage capable de la retenir.

Alors elle restait juste là, à la frontière des bois et d'un monde passé où savoir n'était plus un choix, mais un passage forcé qu'on traçait contre son gré.

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Sylvan Karov
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MessageSujet: Re: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   07.10.18 18:59


Sylvan resta quelques instants interdit devant la photographie. Cela lui semblait tellement loin. D’une certaine manière toutes les personnes qui souriait sur cette photo étaient mortes d’une manière ou d’une autre. Le souvenir était la seule chose qui restait et celui ci s’écaillait de jour en jour. Vingt ans après il ne restait qu’un mage fatigué qui allait voir la sœur d’une morte après avoir failli tuer le quatrième larrons. Qui aurait cru que cela se passe de cette façon. Il regarda les doigts passer sur la photographie et se surprit à rougir quand la jeune femme lui lança qu’il était toujours beau. Il n’était pas convaincu de cela. Les traits inaltérables du cliché lui renvoyait un visage qui n’était plus le sien et sous le couvert du cuir il n’y avait plus rien de comparable. Comme un enfant surpris il regardait les deux mains qui enserrait la taille de cette jeune femme. Malgré la grande beauté de la créature son cœur ne s’éveillait plus comme avant, si le sentiment était toujours là il s’était noyé dans le flot des années qui avaient passées.

Ingrid s’écarta et il sentit un léger vide quand elle quitta son coté. Se retrouvant seul avec ses souvenirs il prit le cadre du bout des doigts. Entendant la jeune femme annoncer son départ d’une voix lointaine il ouvrit l’album qui était toujours sur la table. Beaucoup de gens, beaucoup de sourire, Beaucoup d’espoirs pour finalement peu de choses. Il lança un regard vers la cuisine ou Hildegarde s’affairait sur la porte donnant sur l’extérieur. Elle se retourna et indiqua la porte d’entrée du menton. Ne comprenant pas de suite elle pointa la porte avec son index. Embrassant la pièce du regard il comprit assez rapidement et ferma sèchement l’album avant de se diriger vers la porte.

Il faisait meilleur dehors. La pluie avait cessé et le soleil timide de l’est de l’Europe tentait de réchauffer la forêt environnante qui dégageait des nuages de brumes. Sortant une cigarette du paquet qu’il avait emprunté sur la cheminée il l’alluma et respira un long moment. Silencieusement il scrutait les environs de la maison à la recherche d’une chevelure rousse. Longeant le mur de la maison il regarda un instant l’immense vallée qui s’étendait comme une cicatrice dans le paysage et resta un moment bloqué sur un panache de fumée au loin. Le village de Godensk se trouvait la haut. Après tout ce temps, la vie avait repris son cours. Détournant le regard il s’engagea dans le sous bois après avoir jeté sa cigarette. Plus les minutes s’égrenait plus un sentiment curieux grandissait en lui. Ce genre de sensation qui ne peut plus vous quitter une fois que vous commencer à y penser. Alors qu’il progressait le plus silencieusement possible il recherchait la tignasse rousse qui devait forcément être là. Et si elle était partie tout simplement. Cette idée s’insinuait dans son esprit comme un cancer dans un corps sain. Après de longues minutes à fureter son regard s’accrocha à une lueur rougeâtre qui était posté de dos contre un arbre. S’avançant silencieusement il s’accouda à l’écorce et lança doucement.

« J’ai mis quelques temps à te trouver. J’espère que je peux me joindre à toi. »

Il n’attendit même pas la réponse avant de s’asseoir sur le tronc brisé qui était allongé à coté celui toujours debout contre lequel était appuyé la jeune femme. Il la regarda un instant et ne pensa à rien d’autre. Toute idées noire s’en était allée et il retrouva un peu de bonne humeur. Elle semblait inquiète, perdue ou tout simplement préoccupée. Sylvan se rendait compte à cet instant à quel point cette petite aventure devait être dur pour elle. Même si ils se connaissaient depuis quelques temps elle ne savait pas grand-chose de lui et n’avait pu voir que des cicatrices sans jamais savoir leurs origines. Elle s’était attachée à un homme sur lequel elle n’avait qu’une vision étriquée obtenue après lorgné à travers un trou de serrure. N’entendant aucune réponse le guerrier attrapa son bras de métal et l’attira contre lui avant de la serrer contre lui. Il passa sa main dans ses cheveux et chercha ses lèvres avant de la serrer à nouveau contre lui. Ils restèrent ainsi pendant de longues minutes. Après l’avoir embrassé à nouveau il garda sa main sur sa joue et se plongea dans ses yeux.

« Rentrons. Tout ça, cette maison, ces photos, lls importent peu et ne sont là que pour déterrer des cadavres depuis longtemps oubliés. C’est avec toi que je veux être pas avec eux. Nous n’avons que trop tarder. »

Il l’écarta un peu et se leva en l’emportant dans son sillage. Restant bloqué dans son regard il ne bougea pas beaucoup plus et caressa encore sa joue.

« Ingrid… C’est pour toi que nous sommes venus et je ne compte pas t’abandonner ici. Tu comprends ? »


Ses mots n’avaient rien à voir avec un sens physique. Il était évident qu’il ne rentrerai pas sans elle mais il espérait qu’elle saisisse cette phrase comme un promesse. Pour la première fois depuis longtemps il vivait à nouveau pour quelqu’un et ce quelqu’un n’était pas seulement un souvenir.

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MessageSujet: Re: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   08.10.18 17:31

Comment réagir ? Ingrid ne savait honnêtement pas.
Le panel d'émotions qui défilaient au rythme cardiaque lui faisaient voir des hauts, des bas. Ça allait un peu trop vite.

Des cadavres longtemps oubliés, pas depuis si longtemps que ça...
Mais les mots remuaient sa poitrine, chargeaient ses doutes et ses envies, ses convictions. Un pas encore jamais franchi, celui de se laisser emporter par quelqu'un d'autre qu'elle-même.
Elle ne s'attendait pas à être un tel livre ouvert, ça en rajoutait encore à son désarroi.

Sylvan se tut, et l'instant était au choix décisif. Le croire, ou tourner les talons loin des fantômes ?

Les secondes furent longues, comme souvent depuis cette nuit. Les deux professeurs se dévisageaient dans le temps suspendu par cette ultime promesse.
Et alors qu'il la scrutait, ces yeux-là savaient ce qu'ils voulaient.

Une profonde inspiration souleva sa poitrine, puis Ingrid capitula finalement avec un rire. Ses bras se lièrent à l'arrière de son cou, et elle l'embrassa longuement, ce diable d'homme qui bouleversait ses moindres acquis.
Lorsqu'elle se détacha, ses yeux éclairaient leurs deux regards d'un sourire, le même qui soulevait le coin de ses lèvres alors qu'elle taquinait contre les siennes :

« Peu de gens peuvent se vanter de me retourner la tête comme vous le faîtes, señor Karov... »

Ses doigts caressèrent la nuque du mage. Le sourire à sa bouche s'estompait un peu, mais le gris gardait son éclat. La pause dura un instant alors qu'elle cherchait ses mots dans son visage, dans son regard, dans tout ce qu'il provoquait chez elle.
Oui vraiment, il était beau...

« J'ai pas l'habitude de rester en place, Sylvan, ni de... Rester tout court. C'est nouveau pour moi. »

Nouvelle pause, elle fronçait légèrement les sourcils. Parler d'elle-même comme ça n'était pas son point fort. C'était mettre en parole des choses qu'elle ne s’était jamais formulée. Jamais eu besoin.
Un soupir lui échappa.

« Je vais avoir besoin de savoir à quoi m'en tenir, et je mentirais en disant que j'ai pas de doutes ou de questions... »

Il lui avait fait une autre promesse, plus tôt dans la nuit, et elle voyait à son air assombri qu'il s'en souvenait.
Peut-être aurait-il mieux valu attendre de rentrer à l'académie, dans la paix rassurante du petit salon, pour l'évoquer à nouveau. Mais la guerrière n'était pas le genre à se laisser hanter par l'incertitude.
Ses doigts accentuèrent leur caresse.

« Vrai ou non je m'en fous de ce qu'a dit Pavel, Sylvan. Mais je mérite de savoir.»

Ce passé qui pesait si lourd depuis vingt ans, un bout au moins. Celui qui lui permettrait de comprendre. Le reste et bien... A chacun ses erreurs et ses secrets, elle n'était pas juge.

Ingrid était une tueuse, comme lui. Rien à nier là-dedans, quand bien même le mot semblait particulièrement tranchant. Ses excuses et ses raisons étaient d'ailleurs bien en-deçà des tourmentes que le mage avait dû affronter. Mais le carnage de la forêt, l'hécatombe du couloir, la tentative de meurtre sur un gamin paumé, les menaces à son frère...
La violence le dominait comme une seconde peau, le broyant à chaque vague. Il l'avait laissée contrôler pendant trop longtemps, sans doute, au fil de l'abîme où il s'était plongé.
Pourtant sa noblesse n'était pas qu'un masque, la jeune femme le savait. Et rien de ce qu'elle avait pu voir, même dans ses erreurs, ne retirait à ses yeux la droiture dont il était capable.

Dire que toute vérité serait facilement encaissable aurait été un mensonge. Mais elle préférait ça au flou permanent sur le peu qu'elle percevait dans les silences lointains et les sourires perdus.

Elle se rapprocha, ses lèvres frôlant les siennes, leurs yeux embrassés sans qu'elle n'en permette le détachement. Ses bras entouraient encore fermement son cou, sa main toujours perdue dans sa nuque.

« Je veux être à tes côtés, mage. Alors enterrons les cadavres une bonne fois pour toutes. »

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Sylvan Karov
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MessageSujet: Re: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   18.10.18 22:36


Même à travers les ondes du styx les morts arrivaient toujours à remonter le courant et cela Sylvan le savait. Les pertes et les épreuves laissaient toutes une traces indélébiles bien plus douloureuse que les cicatrices qui creusaient si profondément sa chair. Ces doigts qui caressaient sa nuque le ramenait à la réalité. Quelques frissons s’éveillaient dans son dos et remontaient le long de son dos ce à quoi le regard de la jeune femme n’arrangeait rien. Le mage tremblait. L’appréhension le gagnait comme un feu se propage dans une forêt de pins durant la saison sèche.

Ses yeux s’assombrissaient alors que le récit s’écrivait à l’intérieur de sa caboche. Accroché par les yeux d’Ingrid les nuages gris des siens tourbillonnaient comme pour dessiner de traits grisâtre l’esquisse d’un passé douloureux. Sa main vint caresser un peu l’épaule de celle en face de lui et il trouva la force de sourire. Fallait il vraiment lui dire la vérité toute nue ? Elle partirai sans doute. Son cœur s’emballait doucement, à la manière de ces tambours battant une mesure régulière en se retenant d’accélérer le rythme. Il échappa à la douce étreinte des doigts d’Ingrid et lui tourna le dos en cherchant une cigarette. Après l’avoir allumé et attendu un long moment seulement troublé par le bruit de sa lourde respiration il entonna d’une voix grave.

« Je pense ne jamais m’être attaché autant à un être. Elle était belle certes mais elle était plus que cela. Quand j’ai commencé à partir sur les routes nous sommes restés ensemble. Bien sûr tout cela était dangereux mais j’étais jeune. Je pensais être assez fort pour effacé ses faiblesses. C’est à cause de moi qu’elle est morte. »

La voix si sereine du mage vibrait légèrement. D’un certain coté il se doutait que ce n’était pas la réponse à la question qu’elle avait posé mais il ne pouvait pas seulement répondre par oui ou non. Cela n’aurait pas été juste, ni envers lui, ni envers elle, ni envers Ingrid. Gardant sa cigarette au bec il fit craquer les jointures de sa main droite. Il expira un nuage de fumée par les narines et repris la cigarette de sa bouche avant de reprendre.

« Tout cela à marcher un certain temps. Elle n’avait pas de talent magique comme moi ou sa sœur mais elle était avec moi, rien ne pouvait nous arriver. Nous nous pensions jeunes, nous étions seulement idiot. Nous nous sommes attaquer à plus fort que nous. Après un déluge de fer et de feu j’ai finit mutilé mais vivant. Elle, elle, n’a pas eu cette chance. « 

Le mage se tut un long moment et se tourna vers Ingrid dans un rire nerveux, les nuages de ses yeux laissant s’échapper un crachin presque invisible.

« Nous étions devenu des sauveurs, des héros. La presse a glorifié notre acte, notre courage, notre abnégation. Mais elle était seule à avoir été mise en terre, moi je boitais mais j’étais vivant. J’ai donc fait la seule chose qui me permettait de dormir, j’ai fuit la responsabilité pour la jeter dans les bras des autres. Non ça ne pouvait être moi qui l’avait tué, ça ne pouvait qu’être de sa faute. »


Alors que ses mots se perdait dans le silence de la forêt les yeux de Sylvan se transformaient. Les nuages ne déversaient plus de doux crachin mais semblait vouloir décharger toute leur fureur à l’aide de tonnerre et d’éclairs. Les globes rougis brûlait de la tempête qu’ils nourissaient.

« J’ai donc quitté Hilde et trouvé Pavel qui refusa de me porter soutient et j’ai marché vers le village de Wiltzgrad à une soixantaine de kilomètre d’ici. J’ai tiré ma lame, serré le poing et pris ces gens qu’il avait sans doute aimé comme il me l’avait prise. »

Sylvan fit quelques pas en arrière jusqu’à sentir un tronc dans son dos et se laissa glissé contre en pliant ses genoux. Sa chemise blanche rougit de sang était à nouveau trempé par la rosé accumulé sur les feuille et c’est face contre terre qu’il termina son exposé.

« 64 personnes. Egorgés, décapités, démembrés, brûlés, électrocutés. Hommes, femmes, enfants, personne n’y a réchappé. Une fois la tête de ses parents sur des piques à l’entrée du hameau je me suis assis contre la fontaine et contemplé mon œuvre, ma folie. Je suis donc parti et couru pendant 20 ans. Je pensais qu’en détruisant les possesseurs de la mauvaise magie je retrouverai forme humaine mais c’est faux. Je ne vaut pas mieux qu’eux et pas mieux que Pavel. Beaucoup me vois comme un héros, un noble guerrier, mais ils ne savent rien... »

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Ingrid Koothran
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MessageSujet: Re: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   19.10.18 15:02

Ingrid ne savait pas ce qui faisait le plus mal. Que Pavel ait dit vrai, ou qu’elle trouvait le moyen d’en être choquée. Non, pas choquée. Peinée. Peut-être parce qu’elle faisait partie de ceux-là, ceux qui voyaient en lui le noble guerrier malgré toutes les souillures qui s’étaient gravées en lui. L’ironie était qu’elle n’était pas véritablement surprise. Elle avait déjà vu de quoi le mage était capable sur un coup de sang.
Mais pas à cette échelle.

Soixante-quatre personnes. Des enfants. Le terme massacre prenait un nouveau sens.
Ce n’était plus de la vengeance, c’était du meurtre pur et simple.

Elle l’avait regardé, serein d’abord, fidèle à l’image d’un homme près à mettre son passé derrière lui. Puis avaient suivi le regard sanguinaire, l’agonie de la folie et finalement les cendres, plus que les cendres. Il avait reculé, s’était laissé tomber contre l’arbre, à terre, comme elle pas si longtemps plus tôt. Non, les cadavres étaient encore frais pour lui, quoiqu’il en dise. Celui d’Eda comme celui de ses victimes.

Ingrid ferma les yeux un instant, accusant le poids de l'étau qui avait enserré sa poitrine à chaque parole, grinçant un peu plus au fil cassé de la voix du mage.

L’air était désormais alourdi par un silence pesant de remords et de revenants. Une mèche chatouilla l’entaille encore neuve de son cou. La laine, mouillée par l’écorce, démangeait sur les cicatrices qui dépassaient du débardeur. Elle retira machinalement le gilet et le noua autour de sa taille. L’air était franchement frais, les gouttes s’échouaient au hasard sur elle sous le remous laconique des feuilles, sinuant entre les mailles tressées de son dos, mais en l’instant le contact gelé était le cadet de ses soucis.

Et maintenant quoi ? La guerrière regardait l’homme qu’elle avait choisi. Et maintenant quoi...

Une inspiration souleva sa poitrine alors que sans réfléchir plus avant elle s’avançait lentement vers lui. Elle n’envisageait pas de tourner les talons, mais elle ne savait pas quoi faire de tout ça.

Elle n’avait rien d’innocente, de droit ou de juste. Sa vie avait toujours été à la lisière du crime, sinuant sans scrupules de l’ombre à la lumière. Pourtant ce que son collègue avait fait la dépassait de loin. Lui passait d’un extrême à l’autre sans transition, cherchant désespérément les plus hauts sommets de la justice et de la rédemption en sombrant pourtant dans les pires noirceurs qui s’engendraient en lui. Jamais la dualité du mage ne lui avait paru aussi frappante, comme un coup de tonnerre dans l’image qu’elle avait de lui.

Et malgré tout...

Devant lui, Ingrid ploya un genou à terre et le dévisagea un instant.
Ce Sylvan d’antan était un écho persistant, qui n’arrivait pas à céder aux vingt ans passés. Celui qu’elle cherchait des yeux était un homme qui avait payé son prix, rongé jusqu’à l’âme par les regrets et la honte. Peut-être pour un tel acte n’était-ce pas encore assez cher, mais déjà bien plus que n’importe qui aurait pu supporter.
Face à elle, sous des mèches brunes et des yeux veinés de désespoir, Sylvan était simplement brisé.

Combien de fois avait-elle vu le mage ainsi ? Le même battement résonnait à nouveau, celui qui l’avait animée ce jour où elle avait bloqué son bras, où elle avait peut-être alors déjà fait son choix. Au ciel le droit de le condamner, elle n'en avait rien fait à l'époque, et elle n'en ferait rien maintenant.
Ingrid regarda ce héros effondré dans son imposture intérieure, broyant son cœur de toutes les manières possibles.

Elle ne le laisserait pas seul. S'il y avait une certitude à avoir, c'était celle-là.
Elle était l’étrangère hors de la bulle, celle qui n’avait pas été là, n’appartenait pas à tout ça, et là était finalement sa force. Ou son aveuglement…

La main de la jeune femme glissa doucement dans le cou du mage, remontant jusqu’à sa mâchoire.

« C’était il y a vingt ans. »

Ça n’effaçait pas les faits, n'en diminuait pas la gravité. Mais le monde continuait à tourner depuis longtemps déjà, il n’avait jamais cessé. Sylvan était le seul à faire encore deux pas en arrière à chaque pas en avant. Ingrid ressentit à nouveau l’oppression qui l’avait taraudée plus tôt. Ils ne pouvaient pas rester ainsi, plantés sous une épée de Damoclès forgée dans les ténèbres d'une vie.

Ses yeux s’enfoncèrent dans le ciel perturbé d’orages et d’embruns du mage, frayant leur chemin dans les courants troubles qui s’y agitaient. Sa main quitta son cou pour se poser sur son épaule, sa jumelle de métal faisant de même.
D’une voix ferme, sans violence, mépris ou peine, elle somma calmement :

« Debout, Sylvan. »

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Sylvan Karov
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MessageSujet: Re: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   24.10.18 20:51

Emmuré dans sa folie, dans ses remords Sylvan n’entendait plus rien. Le bruissement des feuilles ne lui parvenait pas et ses yeux étaient emplis d’images aussi terribles les unes que les autres. Il sentait le sang chaud et humide ruisselé sur son visage comme lors de ce jour funeste. Perdu entre passé et présent il ne trouvait pas la sortie. Sa respiration lourde se confondait avec celle du vent. Son esprit voyait la forêt se rapprocher pour l’engloutir tout entier comme un monstre vengeur réclamant le du de toutes ces vies volées. Dans cet enfer vert et brun rien ne l’atteignait à part cette pression sur son épaule, sur ses épaules. Il leva les yeux des feuilles mortes qui gisaient à ses pieds pour découvrir le regard d’Ingrid qui le fixait. Il entendait sa voix comme dans un rêve. Debout ? Il était si facile de se mettre debout sur ses jambes. Continuer d’avancer n’était pas si aisé quand on est retenu au sol. Lentement les rouages se remirent en fonction et face à la jeune femme le mage se redressa.

Ces yeux gris qui le regardaient l’entouraient d’une sensation bizarre, sans le pardonner il oubliait, se rappelait cette course à travers la forêt. Comme si il créait de nouveaux souvenirs. Il ne savait pas vraiment comment réagir et se sentait bête. L’orage dans ses yeux s’était calmé, plus aucun tonnerre ne grondait dans sa poitrine et l’image d’Ingrid remplaçait progressivement celles qui l’aveuglaient auparavant. Penaud il ne savait quoi dire et encore moins penser. Se collant à la jeune femme il se contenta de l’étreindre, fortement d’abord doucement ensuite.

La peur d’être repoussé le garda en alerte quelques instants avant qu’il se détende. Son bras autour de son cou et sa main dans son dos accompagnait son visage qui cherchait une échappatoire dans la chair de son cou. Alors qu’il ressentait les battements de son propre coeur qui se calmait il distinguait plus clairement ceux de sa compagne qui finirent par supplanter tout autre sensation. Le parfum qui montait à ses narines effaçait toutes les odeurs de la forêt, pendant un instant il ne pensait qu’à elle et le goût de ses lèvres lui remonta en mémoire. Piéger dans une oasis de rêve au milieu d’un désert de cauchemar le mage ne bougeait plus. Rien ne l’aurai fait trembler quand il était contre cette femme. Son esprit déchargé d’un immense poids ne croyait pas à ce moment et si il avait pu se fondre en elle tout son corps l’aurait suivit.

C’est quand il se détacha de ce corps qu’il comprit enfin que sans elle il était incroyablement vide. Sans sourire ni joie il se jeta dans son regard. Il ne voulait pas l’embrasser, seulement regarder cette flamme à laquelle il s’était réchauffé quelques instants. Contrairement aux animaux sauvages il ne s’était pas brûlé les ailes contre cette lampe mais profitait de ce feu régénérateur qui s’engouffrait au travers de chacune de ces plaies ouvertes qui suintaient encore d’un sang que seuls ces yeux arrivaient à remplir et combler. Il passa ses doigts dans ses cheveux et dit d’une voix rauque.

« Allons nous en d’ici Ingrid... »

Il quitta le contact de cette peau de sable qui le faisait à nouveau tomber amoureux fou à regret. Cette forêt n’existait plus et seulement la rougeur de cette chevelure occupait à présent son esprit. Il resta à moins d’un mètre d’elle alors qu’il revenait vers cette maison qui ne ressemblait plus à celle de ses souvenirs et qu’il voyait telle qu’elle était pour la première fois. Une ruine qui ne tenait debout que par magie. D’un pas lourd il s’engagea dans la cour de cette ferme morte depuis des années. La vie s’était arrêté ici depuis plus de vingt ans et Hilde était seule à vouloir croire encore à ces vieux rêves qui s’évanouiraient inexorablement avec elle. La main droite de Sylvan chercha timidement celle d’Ingrid alors qu’il expliquait d’une voix atone.

« Hildegarde devrait avoir finit le charme, il nous suffit de traverser la porte d’entrée pour retourner chez nous. »

En effet derrière la vitre, la belle quadragénaire au cheveux blonds striés de blonde leur faisait un signe d’adieu chaleureux mais tout à fait digne.

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Ingrid Koothran
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MessageSujet: Re: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   25.10.18 0:20

La main d'Ingrid caressa doucement le dos du mage, rassurant son étreinte. Non elle n'allait pas le chasser, elle n'allait pas partir sans un mot comme elle savait pourtant si bien le faire. Un peu tard pour ça, non ?

La pression dans son dos s'adoucit. Sylvan se détendait enfin, son souffle réchauffant le cou de la guerrière alors qu'ils restaient immobiles au milieu de nulle part. Son cœur battait un rythme étrangement lent, pourtant elle pouvait l'entendre jusqu'au fond de ses os.
Au creux de ses bras elle le sentait doucement revivre, revenir, ou peut-être n'était-ce qu'une illusion. La jeune femme ne savait plus trop à quoi s'en tenir là-dessus.

Lorsqu'il se détacha pour la regarder, elle se demanda quand est-ce que ces yeux-là avaient changé depuis leur rencontre. Son respect pour cet homme était né dès les premiers mots, son attachement, lui, avait crû sans même affronter de barrière. Peut-être s'était-elle dit que les défenses de Sylvan suffiraient pour deux. Maintenant les défenses n'étaient que gravas sous ses pieds nus, et elle était aussi troublée que si elles avaient été les siennes.

« Allons nous en d’ici Ingrid... »

Ah, oui. Partir. Enfin.
Ils quittèrent la lourdeur des branchages pour la cour dégagée, les murs décrépis que la jeune femme avait fui un peu plus tôt.

Ses doigts rendirent leur pression à ceux de Sylvan.
Rien n'était fini. Chou blanc pour Dimitri, retour à la case départ. Et Pavel vivait toujours, ce qui augurait de sacrés troubles à venir. Le salaud n'était pas du genre à faire profil bas, surtout après une humiliation aussi radicale.
Elle était celle qui avait encouragé Sylvan à ne pas aller plus loin, maintenant il fallait se préparer aux conséquences.

Et Sylvan... Ingrid regarda le mage. Il semblait encore hébété, regardant la ferme comme si tout lui était devenu étranger. Était-ce un bien ou un mal, difficile de juger.
Il y aurait encore des choses à dire, à réfléchir, encore des démons à vaincre, dedans comme dehors.
Un passé avec lequel vivre, du sang qui ne partirait jamais vraiment.
Un homme dans sa vie, aussi, pour elle, et pas n'importe lequel.

« Hildegarde devrait avoir finit le charme, il nous suffit de traverser la porte d’entrée pour retourner chez nous. »

Derrière une fenêtre, le buste de la magicienne leur adressa un salut un peu flou.
Ingrid et Hilde se dévisagèrent, séparées par le miroir flanchant d'une vitre sale. D'une certaine manière elle préférait ça. Elle n'aurait pas su quoi dire aux beaux yeux bleus, ni au sourire bienveillant qui éclairait délicatement le reflet. A part peut-être...

Merci.

Ses lèvres s'étaient mues en silence, s'achevant sur un sourire. Hilde écarquilla les yeux, puis hocha la tête avec grâce. C'était sans doute un adieu.

« Allons-y. »

Leurs doigts de chair toujours liés, la main d'adamantium pivota la poignée.
Elles ne feraient jamais parties du même monde, leur chemin n'avait été qu'un croisement de plus dans sa vie. Mais c'était un croisement qui garderait sans doute une beauté mélancolique, marquant déjà sa trace alors qu'ils franchissaient le seuil, laissant Hildegarde à la solitude de ses souvenirs.

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MessageSujet: Re: Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)   

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Ce petit chemin qui sent la noisette. (PV Ingrid)
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