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 De neuf et de rouille (PV Sylvan)

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Ingrid Koothran
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Ingrid Koothran

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MessageSujet: De neuf et de rouille (PV Sylvan)   07.01.19 22:52

Malgré le soleil de l’après-midi, le froid happa le couple dès la sortie du train. Ils étaient descendus à la gare des Perliers, perdue au fin fond de la cambrousse sudiste. À mi-chemin des quelques villages reclus, c’était l’unique voie d’accès au vaste de monde. Et c’était très bien comme ça.
Personne sur les quais vides, à part un vieux contrôleur ronflant sur un banc. Ingrid n’avait pas prévenue de leur arrivée, sa famille aurait été capable de venir les chercher.

Un Soyo tout joyeux crapahutant devant eux, les deux professeurs s’étaient engagés sur les sentiers battus qui traversaient les champs bruns, descendant les collines dénudées. Leur marche contournait la route principale ; vieille habitude de baroudeuse. Ça lui permettait de respirer encore un peu de tranquillité.

Écharpe au cou et vieux manteau de voyage sur le dos, son sac négligemment pendu à son épaule, elle marchait aux côtés de Sylvan comme s’il en avait toujours été ainsi.
Ils partageaient les mêmes cernes ; la nuit avait laissé au petit matin deux amants à peine éveillés pour le voyage.
Ses doigts frôlaient ceux du mage à chaque pas, jouant à s’entremêler, se défaire, recommencer. La jeune femme n’éprouvait aucun regret pour elle-même et le montrait à sa manière, un peu maladroite sans doute. Non, pas de regrets, malgré la rouille qui avait tâché les draps, malgré la douleur qu’il essayait de lui cacher… Maintenant encore, un coup d’œil à son profil tendu, elle devinait les élancements qui le tiraillaient. Une nuit dont il payait le prix fort, et elle se retint de presser le pas pour arriver plus tôt, plus vite.

Après une quarantaine de minutes de marche, ils débouchèrent à l’entrée est de Rossac. Le cœur du village se trouvait sur la petite hauteur d’une colline, mais leur destination était à son pied, pas loin du pont de pierre qu’ils ne tardèrent pas à franchir.

Les bruits de quincaille résonnaient d’ici, les portes de l’atelier d’Udriq ouvertes à l’hiver.
À quelques pas de l’entrée, d’où se dégageait une certaine chaleur, Ingrid arrêta son compagnon.
Rarement elle s’était autant empêtrée dans ses émotions, là devant lui, perdue dans ces yeux qu’elle connaissait par cœur. Malgré son assurance habituelle, c’était la première fois qu’elle amenait quelqu’un ici, au village. Que deux vies qu’elle avait toujours tenu séparées entraient en collision.
Et en le regardant, la guerrière était à la fois sûre de faire la bonne chose, tout en craignant les conséquences de cette rencontre. Pas Udriq lui-même, mais tout ce que cet endroit représentait.
Prenant une légère inspiration, elle dit avec un sourire :

« Il est pas du genre conciliant, mais c’est pas un mauvais bougre. Faut juste… S’habituer. N’oublie pas ta promesse ? »

Elle appuya ses mots d’une caresse sur la joue et attarda son sourire sur un éclat complice, avant de l’entraîner dans l’atelier. C’était un chantier impeccable, méticuleusement rangé malgré l’abondance de matériaux et objets pas toujours identifiables.

« Hoy, le vieux ! »


Un juron lui répondit et le bruit de ferraille cessa. Se décalant d’un pas leste, la jeune femme esquiva sans mal l’outil non identifié qui vola à travers l’ancienne grange.

« Putain de gamine ! Combien de fois je vais devoir te le dire ?! Préviens quand tu ramènes ton cul ici ! »

C’était une voix grondante aux intonations fêlées, trop peu utilisée. Se faire engueuler par le nain était donc un privilège dont elle avait longtemps eu le monopole.
Grommelant tout bas, il s’avança vers eux d’un pas coléreux, ce à quoi Ingrid répondit par un sourire malicieux.

Udriq n’avait pas grand-chose à voir avec la vision des nains ventripotents et barbus. Il avait une stature sèche, dénuée des rondeurs de l’âge avec pour cause un appétit irrégulier. Il oubliait de manger comme on oublie sa montre, souvent et sans plus d’attention. Ingrid ne se souvenait plus du nombre de fois où elle avait risqué un coup de clé à molette pour lui rappeler son repas en train de tiédir.
Son visage glabre révélait des traits creusés et cassants, les yeux vert d’eau enfoncés par de nombreuses insomnies. Habitué aux grimaces mécontentes, il semblait incapable de satisfaction.

Fallait dire qu’il n’aimait pas grand-chose, le vieux grincheux. Maniaque comme pas deux, le moindre désordre le faisait tourner chèvre. Il n’aimait pas non plus les mouvements inutiles et gesticulations diverses, et encore moins la grande majorité des sons produits d’une manière ou d’une autre par l’être humain. Il en était arrivé à se confectionner un lourd casque à triple renforcements pour s’isoler de tout.
Sa notion de la paix passait avant tout par le silence, et seul le jeu de ses outils contre le métal trouvait grâce à ses tympans.

Pour bien des raisons, Ingrid avait toujours apprécié cet amour du peu et du rien.

« J’ai reçu ta lettre hier, j’avais pas de raison d’attendre. »


Recevant sans gêne le regard noir du vieil ingénieur, elle enchaîna plus sérieusement en posant sa main sur le bras de Sylvan :

« Udriq, voici Sylvan Karov, mon…
-J’avais pas deviné, tiens. »

Coupant court aux présentations, Udriq observa le mage en plissant des yeux, avant de lâcher le plus naturellement du monde :

« T’as une sale gueule, gamin. »


Puis il fronça le nez et fixa l’épaule d’un air sombre.

« Et tu pues la rouille. Viens. »

Sans un mot de plus il se détourna vers la table près du mur, où étaient parfaitement alignés ses outils de précision.
Ingrid adressa un sourire à Sylvan, se doutant qu’il ne devait pas vraiment apprécier de se faire traiter de gamin, et pressa doucement son bras. Courage, ça n’était que le début.

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Sylvan Karov
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MessageSujet: Re: De neuf et de rouille (PV Sylvan)   09.01.19 1:01

Que de compliment en si peu de mots. C’était vraiment plaisant. Il faut dire que si le mage ne faisait pas très jeunes le gamin était de rigueur. En ce qui concernait son état général il fallait également que ce n’était pas très glorieux. Si la nuit avait été une des plus agréable qu’il avait connu depuis quelques temps maintenant elle n’avait pas eu l’avantage d’être reposante. A peine sorti du train le mage avait commencé à serrer les dents. Chaque pas avait été un supplice qu’il avait essayé de cacher le mieux possible à Ingrid qui marchant à ses côtés. Sa barbe brune se détachait superbement grâce au contraste provoqué par la pâleur de son teint. Les cheveux collés à ses tempes par une transpiration abondante qui se noyait dans sa barbe ne l’aidait pas à paraître beaucoup plujs en joie. Ne répondant que par un grognement imperceptible à la femme qui l’accompagnait il se contenta de s’avancer vers le nain qu’il dominait de toute sa hauteur bien que courbé. Le nain tira un tabouret ranger au millimètre sous l’établie et fit un geste pour indiquer au mage de s’asseoir.

Sans vraiment être rassuré, toujours dans le dos du nain il retira d’abord la veste et sa chemise qu’il essaya de poser le plus proprement possible. Trempé de sueur l’étoffe légère noire alla s’échouer à coté de l’endroit visé. Blanc comme un cachet d’aspirine les cicatrices ressortaient encore mieux avec leur couleur nacré. Un véritable tapis qui faisait toujours son petit effet et quand le forgeron se tourna avec ses instruments il s’arrêta quelques secondes sur le corps labouré. Assis, le dos droit, main sur la cuisse droite le mage attendait tranquillement en essayant d’accrocher le regard d’Ingrid. Perdu dans ses cheveux roux il ne se lassait pas de la regarder. Tout son esprit était concentré sur elle alors qu’il sentait des doigts palper son coté droit. Le nain étudiant les sillons un à un en marmonnant parfois quelques mots comme prodigieux ou intéressant. Quittant les yeux de la rousse il regarda le crâne du nain et se racla la gorge. Comme rappeler à la réalité le nain se rendit sur le flanc gauche et demanda de retirer les bandages avant de remplir d’air ses poumons comme pour se donner du courage avant la vision d’horreur. Tout de suite après cela il renifla plusieurs fois et retourna sur son établi pour prendre un marteau à large tête. Sylvan regarda le nain choisir son marteau minutieusement, en prenant deux pour vérifier leur poids, il tourna la tête sur sa gauche pour interroger Ingrid du regard quand un son cristallin déchira la pièce. L’écho se propagea dans la l’atelier à une vitesse vertigineuse pour revenir aux oreilles du nain qui arborait une mine radieuse. Dans la seconde il jeta le marteau qui avait servit à frapper la jambe gauche du mage avec une dextérité fabuleuse et tira un canif pour déchirer l’étoffe sans procès, comme on ouvre un emballage cadeau le jour de son anniversaire. Sous l’éclairage impeccable de l’atelier les écailles de mythril scintillaient d’une douce châleur et le nain posa ses doigts dessus comme on caresserait une femme. Bien que Sylvan essayait d’utiliser son ton le plus obséquieux pour protester le nain n’en avait strictement rien à faire, les yeux remplies d’étoiles et cela pendant plusieurs secondes. Après un deuxième raclement de gorge beaucoup plus appuyé que le premier l’orfèrvre leva la tête vers Sylvan avant de regarder Ingrid.

« T’aurais pu me dire que ton mec avec une jambe de mythril de chez Falckenheim ! C’est une merveille ! Regarde comment les écailles coulissent au millimètre ! C’est magnifique ! »


Sans demander son avis au prof qui restait d’un calme olympien. Triste résultat de fatigue, de douleurs et de patience. Le nain fit bouger la jambe et s’émerveillait devant le mouvement des morceaux de métal.

« Si jamais il vient à casser sa pipe je pourrais récupérer cette merveille Gamine ? Du mythril d’une telle puretée, raffiné à la perfection dans les acieries Bavaroise, j’en tirerais gros et je pourrais même améliorer l’esthétique de ton bras ! »


Le pied de métal revint brutalement au sol. Au bout de sa patience le mage avait légèrement claquer le sol jusqu’à laisser l’empreinte de la botte sur la dalle. Résistant à l’envie d’attraper le nain et de s’exercer à un sport connu seulement de certaine population autochtone du nord des îles britannique il essaya de parler avec le ton le plus calme possible tout en faisant un effort sur le volume de sa voix.

« Maître Nain. Loin de moi l’idée de vous déranger sur vos spéculation quant à mon cadavre j’aimerais vous rappeler que je ne suis pas encore mort et que je n’ai pas fait ce chemin pour vendre ma jambe à un forgeron, si doué soit-il . Et si vous souhaiter vraiment un échantillon de ce métal il suffit peut être simplement de le demander !»

Un silence pesant se fit tout d’abord pendant lequel Sylvan craignait d’avoir déclencher un incident diplomatique majeur. Néanmoins après un regard de reproche et sans aucun mot le nain se contenta de faire un geste explicite à Sylvan et se planta sur son flanc gauche. Le mage agacé fit un geste de la main et le bandage se dénoua, une après l’autre les couches de tissus tombèrent au sol, passant du blanc immaculé, au gris, au noir de l’huile et enfin au rouge. Le torse alors complètement découvert on pouvait voir la vrille du cylindre métallique de la clavicule dont le blindage taché rouge ressortait fort bien au dessus de la maigreur des tissus. La plaque qui s’infiltrait sous le pectoral avait l’air, elle, parfaitement intacte mais quand le nain examina l’endroit ou devait supposément s’emboîter le bras il ne put s’empêcher de faire une légère grimace.

L’intégralité des rouages sensé faire bouger l’épaule était parfaitement à nu. Au contact de l’air l’intégralité avait rouillé rapidement, seule problème d’une prothèse réalisé à la va vite avec des matériaux de récupération. Si les vestiges de l’articulation était de facture exceptionnelle elle avait été réalisé avec du métal non choisit. Ce qu’on avait trouvé sous la main. Fer, fonte, cuivre et acier se côtoyaient dans cette véritable salade composée. Le nain plongea les doigts dedans et poussa tout se fatras sans aucun ménagement en provoquant un gémissement de la part de l’homme. Il arriva jusqu’à la feuille de mythril assurant l’étanchéité entre l’homme et la machine avant de se retirer prestement, second gémissement, et d’essuyer sur la cuisse de Sylvan ses doigts souillé. D’un ton plus agressif qu’à l’accoutumé et les traits tirés par une douleur contenu la voix du mage s’éleva.

« Tu peux faire quelques chose ou pas ? »

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Ingrid Koothran
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MessageSujet: Re: De neuf et de rouille (PV Sylvan)   09.01.19 20:59

« Évidemment que je peux faire quelque chose. »

La réponse d’Udriq était sèche comme le désert, comme si remettre en cause une telle évidence tenait de la plus haute bêtise.

Ingrid retint un léger soupir soulagé. Les doutes inavoués se taisaient enfin, bien qu’un autre poids prît leur place. Elle avait assisté à l’échange sans un mot, s’approchant de Sylvan en le sentant perdre patience. Sa poitrine s’était considérablement alourdie en constatant de plein jour les dégâts, confrontée à cette réalité qu’elle avait tant bien que mal ignorée la nuit précédente. L’espoir d’une souillure de surface, détrompé sans merci par les rouages encrassés. Pour quelqu’un qui avait toujours su esquiver la culpabilité, elle se mangeait à présent une sacrée droite.
L’ingénieur claqua de la langue en se détournant, piochant déjà dans ses outils, évitant délicatement le cadre photo étrangement renversé dans son monde maladivement ordonné.

«J’vais commencer par nettoyer ce merdier, c’est du grand n’importe quoi. Ingrid, tu me prépares la table du fond, drap, bac d’eau et tout le tintouin. »


Le merdier en question était clair ; le reste de prothèse allait subir un nettoyage de fond des plus drastiques. La jeune femme hocha la tête et posa son sac dans un recoin où il ne gênerait pas, soit loin du propriétaire des lieux.
Ses doigts frôlèrent discrètement la nuque du mage, trempée de sueur. Une caresse brève pour l’adoucir un peu, lui demander en silence de ne pas sauter à la gorge du vieux tyran. Difficile de le lui reprocher, l’humour noir du nain était mal passé. Il n’avait jamais été doué pour ça.  

S’éloignant derrière les étagères impeccablement surchargées, Ingrid rassemblait sans réfléchir le nécessaire. Les mêmes tiroirs, les mêmes placards, rien n’avait bougé en plus de vingt ans.
Risquant sa peau, elle déplaça délicatement les matériaux de récupération triés par ordre croissant qui occupaient la grande table. Drap étalé, bassine remplie, le théâtre du rafistolage à la dure était prêt.
Ses yeux se perdirent un temps dans le blanc fatigué du tissu. Combien de fois elle avait fini sur cette table, os brisés et sang au sol, dans le secret de tout. Des heures à regarder le plafond, immobile, attendant que la douleur passe assez pour partir à nouveau, comme si de rien n’était.

« Pourtant pas compliqué de faire entretenir ça… Même la gamine peut le faire, et pourtant dieu sait qu’elle est à peine foutue d’utiliser un tournevis… »

Le grommellement du nain atteignit ses pensées, et ladite gamine lâcha un « ta gueule » qui s’éleva du fond de l’atelier.
Mais il avait raison, et pas que pour le tournevis. Même elle pouvait faire ça, même elle savait huiler des fichus rouages. La colère n’était pas son fort, mais quelque chose qui s’en rapprochait grandement commençait à monter. Contre Sylvan, contre elle-même, lui de ne pas avoir su dépasser son putain d’orgueil pour lui demander un truc aussi simple, et elle de ne pas avoir réagi quand même.

Quatre mois gâchés par la souffrance et l’amertume, quel bilan…

Fermant les yeux, Ingrid inspira longuement en entendant les deux hommes arriver derrière elle.
Un peu tard pour s’énerver, Roja. Ses épaules se relâchèrent imperceptiblement alors que son calme reprenait place, bâillonnant la frustration encore présente.
Alors qu’Udriq faisait signe à Sylvan de s’allonger sur la table, la guerrière se planta devant lui.

« C’est prêt. Je fais quoi ? »

Udriq la dévisagea une seconde. Elle attendit sans flancher, refusant d’entendre le mot « rien ».

« Tiens-le bien, ça va douiller. »

***

«Douiller » était un considérable euphémisme. Udriq avait retiré une à une les pièces du mécanisme obsolète, grattant avec une minutie imperturbable chaque millimètre de rouille qui rongeait les parois intérieures. Il fallait lui reconnaître une délicatesse surprenante, son casque renforcé sur les oreilles, perdu dans la précision chirurgicale de sa mission.

La main d’adamantium tenait fermement l’épaule amaigrie du mage, chaque crispation de douleur remontait en vibrant. L’autre était posée contre sa tempe, un geste d’apaisement qu’elle devinait futile, mais qu’y avait-il d’autre à faire…
Le pic eut lieu quand, après avoir évidé, nettoyé et désinfecté la carapace de métal, Udriq enleva une fine paroi qui était supposément du mythril. Supposément, la guerrière ne distinguait qu’un vague éclat sous les traces poisseuses. Du sang, de l’huile, de la rouille ? Difficile d’identifier, mais elle regarda le nain la jeter avec un dégoût certain dans un récipient d’antiseptique.

Ingrid sentit Sylvan au bout de la douleur, et baissa les yeux sur lui, dissimulant inhabituellement mal son inquiétude. Le pire était passé, mais ça ne suffisait pas à décrisper ses mâchoires. Elle caressa le visage de son amant, spontanément, essayant de percer un chemin sous les brumes de douleur.

Un raclement de gorge la rappela à l’instant. Udriq lui fit signe de le rejoindre, transportant les pièces usagées vers le tas des rebus à refondre. Il avait enfourné des serviettes propres, trempées dans de l’alcool désinfectant, dans la caverne qui servait désormais d’épaule au mage.
Lâchant finalement Sylvan, la jeune femme obtempéra.

« Alors ?
-Alors heureusement que t’y as déjà mis le prix, gamine, parce que va falloir sacrément de matos pour remettre tout ça à neuf.
-C’est pas vraiment le problème.
-Je sais. »

Bien sûr qu’il savait, ce vieux bougre.

« Il ira bien, gamine. J’ai retiré tout ce qui pouvait l’infecter. Faudra juste trouver une protection hermétique en attendant. »

Un soupir, puis un sourire. Fatigué, soulagé.

« Gracias, viejo.
-Tch. »

Après un signe de tête pour lui signifier de décamper de ses pattes, Ingrid retourna auprès de son compagnon. Sa respiration était plus régulière, et elle dégagea doucement une mèche brune collée de sueur.

« Comment tu te sens ? »

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Sylvan Karov
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MessageSujet: Re: De neuf et de rouille (PV Sylvan)   11.01.19 19:45

Sylvan avait à peine entendu la réponse. Il sentait absolument tous les mouvements des doigts du nain à l’intérieur de son épaule. Respirant profondément il essayait de tendre l’oreille pour discerner des bribes de phrases à travers le sang qui battait ses tempes et le rendait sourd. Il arriver à discerner les râleries du nain entre deux accalmies. Les conseilleurs sont rarement les payeurs et il est aisé de constater une anomalie quand on a autant de recul que lui sur la situation. Ce recul Sylvan aurait aimé l’avoir en cet instant. L’orgueil qui lui était reproché à mots couverts était beaucoup plus grand que ce nain ne pouvait l’imaginer. Ce n’était pas à Ingrid de faire cela et il ne l’aurait pas supporter. Perdu dans ses pensées il n’avait pas senti les doigts quitté son anatomie et se placer sur son épaule en lui disant de se lever. Actuellement il avait plus l’impression d’avoir une douleur constante, ce satané mécano avait du finir de vriller un ou deux engrenage. Péniblement il se mit debout et cligna des yeux le temps de retrouver son équilibre. Le nain lui proposa peut être son aide peut être pas il ne savait plus très bien. Se dirigeant vers l’arrière d’un pas quelque peu mal assuré il vit Ingrid puis la table recouvert d’un drap ou il fut inviter à s’installer

Une fois à plat dos sur le draps, la lumière l’aveuglant presque totalement il se sentait coupé du monde. Le sang battait toujours à ses oreilles et ses membres étaient engourdis. Il ne fit même pas attention aux grattements des piques de rouilles et dans un premier temps il se contenta de regarder la jolie rousse penché sur lui d’un air absent. Malheureusement cette béatitude passagère ne dura qu’un bref moment, jusqu’à ce que Udriq, avec une précision d’orfèvre ne se lance dans le nettoyage des pièces un peu plus profonde que l’entrée.

Ce fut une légère démangeaison qui l’intrigua d’abord, la démangeaison fut bientôt accompagné de picotements, picotement qui devinrent morsure et enfin la sensation d’un fer chauffé à rouge qui déchirait son torse. Chaque mouvement de l’outil était suivit d’un gémissement ou d’une grimace parfois des deux.

Le premier cri fit son apparition à la sortie de la première pièce, lent et étouffé il fut suivit d’un deuxième et d’un troisième. Avant chaque son mat et brumeux d’un morceau de métal qui tombait dans le récipient posé à cet effet au pied du mécanicien un cri suivait. Ces cris se changèrent en hurlement. Les yeux brouillé par la sueur qui lui brûlait les yeux le mage ne distinguait même plus sa bien aimé qui essayait vainement de le calmer. Au moment où la pince saisit la feuille de mythril le mage se cabra et une fois celle ci retiré c’étaient des larmes qui se mêlait à la sueur de son front. Sylvan s’était violemment cabré et avait buté contre la main glacée qui le maintenait contre la table. Plusieurs secondes après, la respiration rapide il s’était calmé. Le coeur battant à tout rompre, suant sang et eau, le mage était moins que l’ombre de lui même. La pâleur des morts s’étalait sur ses joues et même sa jambe argenté semblait s’être ternie.

Du point de vu du nain c’était un spectacle ahurissant. Les pièces maîtresses derrières leur coffre de mythril et qui assuraient la jonction des os de la cage thoraciques étaient en parfait état. L’ivoire si reconnaissable ne pouvait pas rouiller et les vibrations du coeur faisait trembler le poumon gauche. Si le mythril ne s’oxidait pas non plus il fallait reconnaître que l’ouvrage en ivoire à la serrure de Mythil avait joué son rôle et empêcher l’infection de se propager aux organes vitaux. Si la prothèse avait été pensé pour la guerre et n’avait aucun intérêt mécanique, son support était tout autre. L’os de dragon coulissait encore parfaitement et ses joints en mythril luisait devant les yeux du Nain. Au centre du dispositif un joyaux brillait d’un éclat magique. Falckenheim avait remarquablement travaillé et cette pièce était un véritable bijoux d’ingénierie.

Une fois la plaie bourrée d’antiseptique et parfaitement vide il sentit ses cheveux quitter son front. Reconnaissant Ingrid il se força à sourire malgré la douleur qui, il fallait le reconnaître, s’apaisait doucement. Il essaya de bouger sa main mais renonca avant de parler d’une voix faible.

« Comme un charme...si mon coeur n’était pas déjà pris j’épouserai ton ami. »

Le rire qui suivit lui fut un supplice et il tourna la tête à sa droite pour cracher un peu de sang après une quinte de toux.

« Et toi ? »

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Ingrid Koothran
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MessageSujet: Re: De neuf et de rouille (PV Sylvan)   12.01.19 18:49

Ingrid força un sourire à la réponse de son amant, essayant de ne pas flancher au sang qui coula de sa bouche. Éludant la question, elle dit simplement, essuyant du pouce le sillon rouge.

« Viens, gros malin. Faut que tu dormes. »

La guerrière souleva le mage aussi délicatement qu’elle put, serrant les dents au grondement qui accompagna son geste. L’écho de cette situation remontait quatre mois plus tôt.
Dur de ne pas le revoir gisant au sol, brisé, le corps fumant du démon à quelques pas de lui. De ne pas repenser à toutes ces blessures auxquelles elle n’avait rien pu faire, ne pouvant que se raccrocher à l’intervention miraculeuse de Marc.

Le soutenant à chaque pas, plus lourd et difficile de seconde en seconde, ils parvinrent finalement à la remise du fond. C’était une pièce étroite, à l’ameublement spartiate. Un lit de camp avait été installé, agrémenté d’un vieux matelas et de draps propres. L’ingénieur avait beau râler à chacune de ses venues, Ingrid savait que cet endroit l’attendait toujours.
Mais cette fois elle n’en serait pas l’occupante. Son bras se déplia lentement en aidant le mage à s’allonger, doutant même qu’il soit encore conscient à l’instant où il toucha l’oreiller. Sa main ne le quitta pas tout de suite, cherchant son pouls, guettant sa respiration. Le tout se calmait lentement après l’effort, rien d’anormal.
Après un dernier frôlement, la jeune femme quitta la pièce sans un bruit. Besoin d’air. Et d’une cigarette. Fumer était interdit à l’intérieur de l’atelier.
Elle resta un temps appuyé contre le mur, yeux fermés. Pas grand monde passait par ce coin, et elle misait là-dessus pour ne pas trahir sa présence auprès de sa famille. Le drame encouru était pour le moment au-delà de ses forces.
Le boucan de l’atelier avait cessé, et les pas du nain se rapprochèrent.

« On laisse les serviettes désinfecter quelques heures, on les changera ensuite. Tu te démerdes pour le bandage.
-Sí señor. »

Les mains dans les poches de son tablier, il resta en silence le temps de quelques bouffées. Puis sa voix de dragon enroué lâcha, basse :

« J’vais pas te demander ce qu’il se passe, gamine. C’est pas mes affaires et t’es grande… »

Mais ?

« Mais maintenant tu sais ce que ça fait quand tu reviens comme ça. »

Ça avait été dit sans colère ni reproche, presque avec compassion. Presque, c’était Udriq. La guerrière regarda les cendres s’échouer au sol, sans un mot. Il n’y avait rien à répondre à la vérité.

***

Le choc les projette contre le mur, plus violent qu’un coup de poing. Une jeune femme blonde se tient au centre de la pièce, terrifiée, la tête entre ses mains. Roxanne.
Ingrid l’appelle, tendant le bras malgré la pression mentale qui étire le moindre geste. Pas moyen de se mettre debout, mais elle essaie quand même. Le pouvoir de son amie est en roue libre, plus de contrôle. Il faut l’aider, avant qu’il ne soit trop tard. Vite. Bouge, vite.
Son corps ne répond pas, pas assez, vaincu par l’effort.



Ses paupières se rouvrirent sans souvenir pourtant de s’être fermées. La chambre de fortune resta dans le flou quelques secondes, la silhouette allongée dans le lit semblait bizarrement lointaine. Quelle heure… ? Son dos la tirait, inconfortable sur la chaise. Se redressant un peu en grognant, Ingrid poussa Soyo à moitié affalé sur ses sur ses pieds et porta son attention vers le mage assoupi. Il avait repris des couleurs, son souffle était calme. Udriq avait réussi son coup ; la douleur qui le hantait depuis quatre mois ne semblait plus peser. Et dios il était temps.
Ingrid fronça les sourcils en réalisant que quelque chose de chaud glissait sur ses lèvres, et regarda le sang qui tombait sur son pull. Merde.
Levée un peu vite, manche pressée contre son nez, elle grimaça au claquement des pieds de la chaise sur le parquet. La jeune femme s’approcha discrètement de la porte, et s’en fut dans l’atelier en la refermant délicatement. Le cliquetis des outils résonnait sous le haut toit, un son presque feutré tant Udriq les manipulaient avec tact. Il avait avec son travail tout ce qu’il n’avait pas avec les êtres vivants : l’aisance et la subtilité.

« Qu’est-ce t’as, gamine ?
-C’est rien, fais pas gaffe. »

Retirant son pull, elle passa derrière l’ingénieur et se dirigea vers le lavabo du fond. Pas de miroir, juste le reflet luisant qui montrait les traces rouges mal essuyées. Quelle tête.
Après une toilette rapide qui retira les dernières traînées de sang, ce fut l’heure d’une cigarette. La chaleur de l’atelier bordait son entrée comme une entente tacite avec l’hiver : dès qu’on mettait un pied dehors, ça caillait sacrément.
Elle laissa pourtant le froid piquer sa peau et crisper ses muscles, mettant ses courbatures à l’épreuve en contemplant la teinte rosée du levant. La nuit avait sauté d’un battement de paupières, drôle de sensation. Son rêve semblait perdu dans le temps, comme s’il n’y avait pas eu la place pour lui. Et pourtant…
Sa main effleura son nez, puis jeta au sol le mégot. Il était trop tôt pour tout, à moins peut-être une promenade solitaire. A vrai dire ça la tentait bien, pour se remettre un peu les idées en place, retrouver cette époque où elle vadrouillait sans attendre et sans attache, parfois sans retour. Sans cet homme qui mettait son cœur en vrac et l’ancrait à son chevet comme un navire à un port.

Se détournant avec un soupir, elle rentra finalement dans l’atelier.

Lorsqu’elle ouvrit la porte de l’ancienne remise, Ingrid vit d’abord un Soyo enthousiaste dont la queue battait l’air, la truffe et les pattes avant posées sur les draps. Puis le mouvement de Sylvan qui se redressait un peu.
Un sourire fleurit à ses lèvres sans qu’elle n’y réfléchisse, qu’elle tempéra en s’approchant de lui.

« Calmate, Soyo. »

Elle retrouva le visage creusé, amaigri comme le reste, mais qui n’avait plus l’air blafard d’un macchabée. Sa seigneurie dépassée lui avait manqué.

«Tu as meilleure mine… »

S’asseyant sur le bord du lit, elle le dévisagea. Quel homme s’était réveillé, entre l’ours amer et le mage fier ?


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Sylvan Karov
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MessageSujet: Re: De neuf et de rouille (PV Sylvan)   12.01.19 20:34

Soutenue par l’épaule salvatrice d’Ingrid il ne savait même pas comment il avait atteint le lit de camp sur lequel il trônait à présent. La seule chose qui lui revenait en mémoire était ce goût de sang et de sueur qui lui tenait la gorge. La clameur doucereuse pareille à une horloge qui mesure le temps qui passe sonnait à ses oreilles, sans savoir qu’il s’agissait du nain martelant sur ses pièces de métal. Ses yeux toujours fermés il essayait de conserver l’image onirique d’une rousse se tenant à ses côtés. A l’abri de ses paupières le mage profitait d’une douleur qui avait disparu. Chaque respiration, chaque tressaillement étaient un véritable cadeau. Allongé sur son côté droit son flanc gauche se mouvait calmement aux sons des instruments qu’il entendait à présent. Quelle joie d’entendre à nouveau les bruits environnants, de ne plus sentir son corps se déchirer ou ses articulations se déchirer. Bougeant, remuant, il poussa un grognement qui répondait aux chouinements de Soyo et leva enfin ses paupières. Cerné mais alerte les yeux gris observèrent un instant le mur en face de lui en essayant d’y voir le moindre détail intéressant mais renonça. Ses pieds se posèrent à terre, ses vertèbres coulissèrent et son avant bras se posant sur sa cuisse. Levant la tête il vit pour la première fois Ingrid en ce nouveau jour.

Toujours aussi belle, il lui envoya un sourire endormi. Ses yeux ne réussissant pas à s’adapter à la lumière pourtant faible de la remise il hésita à se lever et finalement n’en fit rien. Il tapota sa poche de pantalon et en fut satisfait avant d’entendre la voix de la jeune femme. La voix tout aussi ensommeillé que les yeux, ses vibrations eurent quelques maux à se faufiler jusqu’aux oreilles d’Ingrid.

« Merci...Tu n’es pas mal non plus tu sais ? »

Tournant son visage vers la femme il réitéra son sourire affiché plus tôt et passa lestement sa main dans sa chevelure ou une nuit de sueur avait collé plusieurs mèches brunâtres. La douleur disparue il prenait plaisir à emplir ses poumons de l’air chargé d’odeur de fer et de terre mélangées. Combien de temps avait il dormi ? Quelques heures ? La nuit entière ? Peu importait au final. L’air frais du petit matin faisait se dresser ses poils sur son avant bras et la chair de poule gagnait peu à peu tout son torse ou les larges sillons donnait l’impression d’avoir un champ fraîchement labouré sous les yeux. Contrairement à la sienne la nuit de la jeune femme paraissait avoir été interminable. Ses traits tirés par la fatigue en plus de l’inquiétude lui donnait un air sombre ravissant mais qui donnait envie de réfléchir sur le bien fondé de cette relation si complexe et risquée. Tirant sur les muscles de son cou qui hurlait leur mécontentement après une si longue période d’inactivité il s’accrocha aux lèvres pâlies par le froid. D’abord brièvement puis sa main accrocha le biceps de métal du professeur et l’allongea sur le tiers du lit de camp. Accroché à sa bouche comme un assoiffé à une gourde il finit par se redresser.

Appuyé sur son coude il regardait le sourire de cette femme qui devait lui avoir sauvé la vie. Se réveillant de seconde en seconde il dominait cet être qui lui devenait tout simplement indispensable. Son seul regret étant que ses doigts ne pouvaient la toucher à cause de leur absence. Posant une dernière fois ses lèvres sur son front il s’éloigna définitivement en lui glissant quelques mots d’une voix qui avait repris sa splendeur après avoir été ternie pendant bien trop longtemps.

« J’ai besoin d’air. Tu m’accompagne...schatz ?

Il avait hésité avant ce mot qu’il trouvait absolument ridicule mais en ce moment c’est bien à cela qu’elle ressemblait. Elle convenait bien mieux à cette définition qu’un tas de joyaux et de pierreries. Se mettant sur ses jambes il fut pris d’un léger vertige mais se ressaisit très rapidement. Attrapant la veste sombre pendue à un clou sur le mur d’en face il la jeta sur ses épaules et avec dextérité fit passer son bras à l’intérieur de la manche. Le contact du drap était agréable et il la laissa ouverte en sortant de la petite pièce. Son regard s’arrêta sur le nain mais il ne lui adressa pas la parole. Il n’était pas encore temps.
Sa démarche n’était pas celle d’un jeune mais elle était à nouveau certaine et ce pied de mythril martelait à nouveau le sol comme si il voulait le dévorer. Son dos droit et ses épaules en arrière mettant en exergue sa perte de carrure mais elle était de nouveau fière… Ce vieux mage rongé par la rouille rayonnait de nouveau. Tirant une cigarette il la porta à sa bouche. Il ne s’était même pas demandé si Ingrid avait suivit ses pas. Il claqua des doigts et la cigarette s’alluma d’elle même. Ses yeux se tintèrent d’un bleu profond et un large sourire étira ses joues. La cigarette calée entre ses dents il laissa sortir un petit rire. Contemplant le panache âcre qui sortait de ses lèvres et passait devant ses yeux il observa ce qui l’entourait dans cette rue encore endormie. Portant sa main vers le muret de la maison d’en face chaque pierre se rescellèrent et comme si Sylvan guidait un orchestre il fit quelques geste de la main et les jardinières aux fenêtres s’ornèrent de fleurs jaunes et rouges malgré la froideur du matin. Serrant le poing il se retint de crier et de joie et récupéra la cigarette qu’il laissa fumer entre ses doigts. Cette journée commençait sur le meilleur ton possible.

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MessageSujet: Re: De neuf et de rouille (PV Sylvan)   13.01.19 16:52

Le sourire de Sylvan, son regard, sa voix, tout de lui à cet instant allégea son cœur. Ingrid se laissa prendre au baiser, s’y réchauffant comme la gamine amourachée qu’elle devenait. Et dios elle s’en fichait, là maintenant. Souriant sans modération, elle oubliait la fatigue et la peine au milieu de ce gris qui s’éveillait enfin.
Ça valait le coup, au bout du compte, ça valait le coup de pouvoir à nouveau connaître ses bras sans la lutte d’un corps déchiré, la crispation douloureuse des moindres gestes, le soulèvement pénible de son torse… Ça valait le coup, tellement, de voir ses espoirs fatigués finalement éclore en renaissance.

Un peu de regret survint quand il se leva, la poitrine bêtement emballée par le son de sa voix. Ses intonations avaient des accords de triomphe.
Elle le regarda bouger, un pincement inquiet lorsqu’il chancela un peu, la crainte d’avoir crié victoire trop tôt. Puis il se redressa, droit comme un prince, ne prenant même pas la peine d’enfiler autre chose que son manteau. Probablement que le froid était le cadet de ses soucis, et ça se comprenait.

Soyo, tout frétillant devant tant d’agitation, emboîta le pas au mage sans même attendre que sa maîtresse se remette sur ses pattes.
Restant en arrière un temps, Ingrid observa le dos fier qui s’éloignait vers l’entrée. Ses courbatures à elle se rappelaient à son bon souvenir, tout comme le contrecoup de chaque émotion à leur paroxysme. Les doutes et les envies, tels qu’elle n’en avait jamais connu alors. Puis elle se leva à son tour, et s’étira longuement. Le soulagement de ses muscles fit revenir la tranquillité confiante qui l’avait toujours tenue, et avec un léger sourire elle alla rejoindre son compagnon. Il y avait trop à rattraper pour se prendre la tête maintenant.

Découvrir des fleurs printanières sur tous les balcons un matin d’hiver était exotique, il fallait le reconnaître. Et la jeune femme aurait juré que le muret d’en face n’était pas si neuf lorsqu’elle était sortie fumer plus tôt.
Sylvan s’agitait avec une exaltation presque enfantine. La joie de revivre, il en emplissait l’air de la rue, ses murs et ses pavés. Prenant le temps d’une nouvelle cigarette, elle l’observa avec une pointe d’amusement. Manquait plus qu’il fasse sortir un lapin d’un chapeau haut de forme, et c’était la totale. Mais bon, mieux valait éviter les débordements. Le village commençait à émerger, et se retrouver avec Merlin l’Enchanteur sous sa fenêtre dès le réveil n’était pas dans les habitudes des gens du cru.

S’approchant avec nonchalance, Ingrid attira son regard avant d’attraper sa nuque et de l’embrasser sans plus de façons. Il n’était pas le seul à vouloir profiter de sa remarquable récupération.
Après quelques instants contre lui, elle se détacha et se moqua gentiment :

« Du calme, les murs et les fleurs sont déjà en pleine forme. »

Ils restèrent encore un temps dehors, savourant les derniers instants de paix dans la rue nue. Une fois rentrés dans l’atelier, la jeune femme indiqua à Sylvan où faire le brin de toilette dont il avait bien besoin, tandis qu’elle allait chercher la cafetière déjà remplie et prête au service. Udriq reçut le clin d’œil de remerciement avec un haussement d’épaules, ignorant sans plus d’effort le couple.
Penché sur sa table de travail, il semblait plongé dans un schéma complexe, prenant des mesures et traçant des croquis. Son casque le protégeait de la bruyante réalité qui prenait vie là dehors.

Appréciant sans gêne le mage en train de se laver, un brin de sourire toujours accroché aux lèvres, Ingrid dégusta le café amer. Ça et un peu de bonne humeur, rien de tel contre la fatigue.


« Bon, avant que z’alliez roucouler ailleurs ou visiter le clan des cinglés, faut faire un point. »


Toutes les bonnes choses, cependant, ont une fin.
Udriq s’approcha de la table, son casque rabattu en arrière. Il étala sur le plan de travail le plus proche les plans tracés. Est-ce qu’il avait passé la nuit dessus ?
Certains révélaient des pièces qui tenaient de l’œuvre d’art, d’autres des mécanismes et combinaisons difficilement compréhensible pour l’esprit humain.
Jetant un coup d’œil vers Sylvan qui revenait vers eux, il entama le sujet :

« Ton paiement suffira pour le moment, gamine, je me débrouillerai avec. Mais je vais pas mentir, y a un boulot de titan qui reste à faire... »

Ça elle voulait bien le croire. A l’époque, Udriq avait mis plus d’un an à concevoir l’intégralité de sa prothèse.
Décalant avec un froncement de sourcils une équerre d’un millimètre non symétrique au bord de la table, le vieil ingénieur leva ensuite les yeux vers le mage. L'heure était aux affaires sérieuses.

« Et bien que je sorte plus beaucoup de ma grotte, je sais qu’un certain Karov détient les mines de mythril des hautes terres. »

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MessageSujet: Re: De neuf et de rouille (PV Sylvan)   17.01.19 22:44

Le couple était enfin rentré dans la chaleur de l’atelier et il fit un léger signe de tête à Ingrid pour lui préciser qu’il avait compris le message. Passant dans le dos d’Udriq sans le déranger et d’un pas tellement leste qu’il était parfaitement inconnu à la jeune femme il se rendit à l’endroit indiqué. C’était un simple bac surélevé au dessus duquel se trouvait un robinet et un tuyaux d’acier permettait l’évacuation. Simple, rustique, efficace. Le mage fit rouler sa veste sur son épaule gauche et la récupéra sur son bras droit avant de la jeter sur le trétaut à coté de lui. De la distance où il était seul son dos était visible par Udriq ou Ingrid mais honnêtement c’était le cadet de ses soucis. L’eau froide terminait de le réveiller et Dieu qu’il se sentait en forme aujourd’hui. Posant un œil sur son épaule gauche il pouvait en effet vérifier que tout pique de rouille avait absolument disparu. Passant son index et son majeur dans le logement de la prothèse il pinça doucement et tira l’étoffe qui avait servit à bourrer le tout. Le linge était légèrement taché de sang et d’huile mais rien de comparable. Retenant sa respiration pendant l’opération il poussa un soupir de soulagement une fois son affaire finie. L’opération n’avait pas été très douloureuse comparé à ce qu’il avait du faire pendant quelques mois mais dire qu’elle était agréable n’était pas la réalité du terrain. Jetant la charpie dans la panière situé à côté du bac il se passa à nouveau de l’eau sur le visage. Les gouttes ruisselèrent sur sa barbe et il attrapa la serviette blanche préalablement emporté pour s’essuyer et la jeta par dessus son épaule avant de repartir dans la pièce au sein de laquelle il avait dormi.

Quand il revient dans l’atelier il était tout bonnement métamorphosé. Certes les marques d’une fatigue profonde pouvait encore se deviner sur son visage mais contrairement au débris qui avait fait son entrée la veille il était un homme nouveau. Son pantalon de toile grise tenait en place grâce à une ceinture à boucle d’argent à laquelle le trou utilisé avait été rajouté il y a peu suite à l’amaigrissement du mage mais il se portait comme un charme. Le haut n’était pas plus couvert qu’il y a quelques instants mais un élégants bandage de toile crème bardait sa poitrine en passant en dessous de son bras droit et cachait l’intégralité du trou béant que le forgeron nain avait été obligé de laissé. Impossible à réalisé sans aide il était certain que Sylvan avait utilisé la magie pour étendre et nouer le bandage. Arrivant dans le dos d’Ingrid il posa rapidement sa main dans son dos comme pour lui signifier sa présence et se servit une tasse de café en grommelant un merci au nain tout en levant la tasse. Geste qu’il du comprendre vu qu’il se leva (pour rester à la même hauteur qu’en étant assis) et s’approcha des deux amants.

Sylvan, tout en buvant à petite gorgée, ne savait pas ce qu’il devait le plus craindre. L’utilisation du verbe roucouler ou l’épithète cinglé. Regardant par dessus l’épaule d’Ingrid il jeta un œil au plan étalé par le nain. Il faut reconnaître qu’au moins sur le papier il semblait doué. L’enchaînement des plaques, renfort et blindage était astucieux mais absolument intenable. Son épaule ne supporterait jamais le poids de métal nécessaire à la configuration de la prothèse. Il avait eu du mal à comprendre cette histoire de paiement mais au moment ou il leva les yeux vers lui son esprit fut assez vif pour tout saisir de la situation. Il tourna le dos et se dirigea vers la table pour reposer sa tasse en laissant échapper un rire nerveux. Il passa sa main sur son visage et soupira longuement avant de murmurer.

« D’accord ... »

S’appuyant sur la table il sorti une cigarette et la porta à ses lèvres avant de la ranger. Il grogna comme à la meilleure époque et repris mais d’une voix claire.

« Maître nain, le court du mythril est à combien sur vos terres ? 40, 50 Seigneurs d’or la demi livre ? Au bas mot ? Et il faudrait combien pour réaliser cette prothèse ? 3 livres , 5 tout au plus vu le faible poids de ce métal. »

Le nain quitta sa place devant ses dessins et se planta devant le mage toujours appuyé contre la table servant normalment uniquement pour le café.

« J’ai du mal à te suivre gamin. »


Sylvan fit l’effort de sourire malgré le « gamin » qui ponctuait la fin de la phrase et continua son propos.

« J’ai des mines, tu as le talent et elle, il désigna Ingrid du menton, n’a pas à payer pour moi. Fabrique le bras, je te fournis le métal. Et comme paiement je t’offre ton poids en Mythril. Qu’en dis-tu ? »

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MessageSujet: Re: De neuf et de rouille (PV Sylvan)   18.01.19 22:14

«Pas en mythril. »

Les pas du nain claquèrent jusqu’à l’étagère derrière eux.
Ingrid reconnut la boîte cylindrique qu’Udriq attrapait péniblement du haut de son escabeau. De fait, elle s’était pris la tannée de sa vie le jour où elle l’avait renversée, un peu trop pressée d’échapper à sa mère pour faire attention. Depuis la boîte trônait à une hauteur certes compliquée pour un nain, mais hors de portée des gamins turbulents.
Ce qu’il en sortit intrigua la guerrière. C’était comme un tas de cendres auquel on avait mêlé des diamants, scintillant doucement à la lueur du petit matin.
Juste une pincée infime et délicate.

« C’est du mistre. Résidu du mythril, on en trouve dans la poussière lors de son extraction. »

Mistre… ? Elle était à peu près sûre de ne jamais en avoir entendu parler. Un coup d’œil à Sylvan la rassura sur le fait qu’elle n’était pas la seule à être perplexe, ce qui ne surprit pas Udriq.

« Secret de famille, on est que quelques-uns à savoir que ça existe.
-Pas tant un secret de ça, pour que tu nous le dises.
-Tu peux ramasser toute la poussière que tu veux, gamine, si tu sais pas quoi en faire ni quoi chercher, ça reste de la poussière. »

Réunissant méthodiquement quelques-uns grains qui s’éparpillaient, il admirait le mistre comme s’il le voyait lui-même pour la première fois.

« On fait de vraies merveilles quand on sait s’en servir, des alliages comme z’en avez jamais vu. Ça demande un raffinage de haut vol, une technique bien particulière mais je devrais pouvoir la répéter. C’était Alice qui… »

Le nain s’interrompit d’un coup, les yeux toujours rivés sur la poudre, puis coupa court à ses explications et releva les yeux vers eux.

« Avec ça je pourrai te faire des circuits qui vaudront de l’adamantium, et plus souples que le mythril lui-même. Fournis-moi les résidus, gamin, et tu as ton marché. »

Les deux ours négociaient leur caverne d’entente, et elle se sentait à peu près aussi utile que la chaise où elle était assise. Tirant son paquet de sa poche, Ingrid s’éloigna vers l’entrée de l’atelier, leur laissant le plaisir des détails. A ce stade, plus besoin qu’elle joue les drapeaux blancs, et l’échange de grognements qui allait suivre ne l’intéressait pas outre mesure.
Ses yeux passèrent sans s’arrêter sur le cadre photo toujours renversé. Personne du coin ne l’avait connu, Alice. Elle n’existait que derrière un antique verre plaqué et dans les rares égarements, parfois, d’un vieux nain aigri.

Soyo attendait dehors, mâchant une fleur qui avait poussé inopinément sous sa truffe. Trop terrifié par le maître des lieux pour rester au milieu de l’atelier, il se releva avec bonheur et une tige entre les crocs. La guerrière s’accroupit et le grattouilla énergiquement, manquant de perdre l’équilibre alors qu’il la bousculait de contentement.
La bêtise rendait adorable, dans une certaine mesure. Mais aussi un peu encombrant.

« Toi aussi tu t’en fous, hein ? »

Les grands yeux stupides de joie la firent rire un peu, sa clope coincée au coin des lèvres.
Son attention fut attirée par une passante qui la dévisageait avec des yeux ronds un peu plus loin, et qui se voyant repérée la salua d’un grand sourire. Ingrid le lui retourna avec un hochement de tête, espérant qu’elle ne viendrait pas lui claquer la bise.
Cela étant, la voir s’éloigner comme un furet qui a fait une trouvaille n’avait rien de plus rassurant.
Avec un soupir et à la grande déception de Soyo, la jeune femme se releva.

Le petit village de Rossac possédait le meilleur réseau d’espionnage humainement prouvé : le commérage. Et elle finissait toujours par en faire les frais.

« Et l’histoire du paiement, tu te démerdes avec la gamine. Elle m’a avancé pour les matériaux, moi je pose pas de questions. »

Huh.
Cette dernière phrase lui parvint comme une conclusion de l’échange. Pas besoin de se retourner pour savoir que le mage ne devait pas être exactement ravi de cette dernière nouvelle. Mais elle n’avait pas spécialement envie de débattre sur le sujet.
Aussi quand il arriva à son niveau, Ingrid se tourna avec l’air de celle qui n’avait rien entendu, un sourire espiègle aux lèvres.

« Merci de pas l’avoir étripé… « Gamin ». »

Sa cigarette entre les doigts, elle déposa un baiser sur les lèvres de Sylvan avant qu’il ne puisse répondre, son bras glissant autour de son cou, avant de dire en se perdant dans son regard :

« Si c’est bouclé pour aujourd’hui, on a la journée à nous… »

A la fois elle était fatiguée, plus que lui, et dire qu’elle était complètement détendue était un mensonge ; à la fois elle voulait profiter de ce premier jour où il souriait sans peine, le dos droit sans grimace, l’allure qui l’avait charmée sur le retour de sa splendeur.
Le premier jour où enfin ils semblaient pouvoir vivre les quelques mois restants comme ils l’espéraient. Comme un temps ils y avaient renoncé.

« Alors, envie de faire quoi ? »

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